Une chronique signée Emmanuel Degrève - expert fiscal

C'est vrai, ce samedi matin, je suis un peu tombé de ma chaise. Beaucoup investi depuis une semaine avec mon cabinet, mais aussi au travers de nos publications autour du Coronavirus, je n'avais eu encore le temps de découvrir le contenu précis de l'AM du 18 mars. Mal m'en a pris…

Compagnon des entreprises et des indépendants

Il faut le reconnaitre, pour une fiduciaire, se réorganiser en quelques jours à peine pour rester aux services de ses clients fut une réelle gageure. Pour notre cabinet bien sûr. Pour tous ceux de mes confrères, aux quatre coins du pays, aussi bien entendu.

L'idée nous est bien très courtement passée par la tête, mais non, il n'était pas envisageable de fermer nos portes un seul instant. L'éthique ne s'enseigne pas : elle se vit. Et c'est notre mission d'être là, le plus possible, mais surtout le plus concrètement possible, dans les pires moments.

Depuis l'arrivée graduelle de ce fameux coronavirus, les angoisses de nos clients s'amplifient. Alertés, ils sont pour certains complètement affolés. Les informer, les assister, les consoler, les soutenir… rien n'est inutile pour accompagner nos clients. C'est d'ailleurs bien dans l'ADN de notre profession, le compagnonnage, celui qui consolide au quotidien notre capital confiance, celui qui découle du lien inébranlable avec l'entrepreneur et ses équipes.

Oui, nous sommes essentiels au-delà d'un arrêté ministériel (AM)

Quand je découvre l'Arrêté Ministériel qui énumère exhaustivement "Les commerces, entreprises et services privés et publics qui sont nécessaires à la protection des besoins vitaux de la Nation et des besoins de la population" du 18 mars qui balaie d'un coup de main notre profession, en l'ignorant tout simplement, et bien oui, je tire la gueule. Certains nous diront que la CP 336 est bien reprise (avant dernière ligne de l’annexe de l’AM). En effet… Mais nul mot ni évocation des services d’aides aux entreprises dans la longue liste des entreprises essentielles.

Comment le monde public peut-il à ce point se fourvoyer ? Comment peut-il méconnaître tant le fonctionnement des PME et des indépendants? Commet peut-il aussi lamentablement occulter notre indispensable et humble présence à leurs côtés?

"Les institutions de la Justice et les professions y liées" sont essentiels, en ce compris les avocats et les huissiers, "les secrétariats sociaux" sont essentiels, "le secteur financier: les banques, les paiements électroniques", etc… sont essentiels, mais les "experts-comptables" ne le sont pas.

Nous aimerions bien ne pas l'être. Mais aujourd'hui nous sommes inondés d'appels. Nous nous mobilisons du matin au soir au travers de contacts et de conseils, dont une bonne part sera in fine offerte à nos entrepreneurs à la dérive… Nous sommes les médecins de la petite économie, avec la même détermination que nos amis de la santé, s'évertuant de colmater les brèches collatérales du confinement infligées notre économie… mais tout cela, il est vrai se fait dans l'ombre, loin des médias et des louanges, juste au chevet des besoins exprimés ou pas. C'est sans doute pour cela que nos efforts ne sont décidément pas "essentiels".

On continue… c'est essentiel!

Un jour, il faudra peut-être refaire les décomptes. Remesurer l'accessoire et l'essentiel. Et se mobiliser pour rappeler le rôle, la considération et les mérites de chacun.

Quoiqu'il en advienne, notre secteur ne désarmera pas. Nous resterons les parents pauvres, mais des agissants responsables. Entrepreneurs et indépendants, n'ayez crainte, nous sommes et resterions présents à vos côtés, aujourd'hui et demain. Nous dépasserons la crise… ensemble, c'est essentiel !