LIBRE ECO WEEK-END | CO-ENTREPRENEUR CAFE

Chronique signée Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, coach de start-up et venture partner pour LeanSquare, directeur de AI Black Belt, professeur invité à l’UCL et à l’UNamur.

L’essentiel de la vague sanitaire est derrière nous (touchons du bois). La vague économique est devant nous. Dans le récent séminaire en ligne de la BNB (suivi par plus de 4 000 personnes), le gouverneur Pierre Wunsch nous annonce que ce ne sera pas une crise en "V" (où l’on revient rapidement à l’état initial), mais plutôt en "racine carrée", où l’on met une paire d’années à rattraper la normale…

L’entrepreneur de terrain est souvent loin des considérations macroéconomiques… jusqu’au moment où il constate dans ses clients, fournisseurs, que son contexte direct a changé.

On passe en quelques mois d’une affaire qui tourne à un environnement beaucoup plus chaotique. Il s’agit d’être conscient que les talents et ressources nécessaires pour naviguer dans ces deux types d’environnement sont assez différents. D’une certaine manière, toute entreprise qui se retrouve dans un environnement secoué et incertain (et elles sont rares, celles qui peuvent prétendre ne pas être affectées) doit retrouver un ADN plus entrepreneurial, sans doute plus proche de ses débuts, où la recherche de l’adéquation produit-marché (le fameux product-market fit) devient à nouveau une tâche essentielle.

L’universitaire américaine Sarasvathy avait remarquablement capturé il y a 20 ans dans sa théorie de l’effectuation la différence entre la pensée managériale et la pensée entrepreneuriale (qu’elle appelle effectuale). La première est similaire à la logique causale, telle qu’enseignée dans les MBA et écoles de commerce : on fixe un objectif, et on détermine divers chemins pour y arriver, le moins cher, le plus rapide… En pensée effectuale, un entrepreneur va surtout partir des moyens : qu’est-ce qu’il a sous la main. À partir de cela, quels chemins deviennent possibles, ou souhaitables ?

On est dans un bien plus grand pragmatisme, qui peut amener à des pratiques différentes : être prêt à des alliances improbables, favoriser les éléments que l’on contrôle, être bien conscient de ce que l’on est prêt à perdre ou à risquer, s’attendre aux surprises et contingences.

Les deux modes de pensée peuvent bien entendu cohabiter dans la même tête : ce qui devient clé, c’est d’avoir la souplesse mentale, quand on a été dans un mode "management" pendant des années, de pouvoir retrouver l’agilité de l’entrepreneur, le temps de naviguer la zone de turbulences.