Depuis le temps que j’observe et que je coache des start-up, je reste fasciné par la capacité de ces petites entreprises à définir une vision, développer un premier produit et communiquer, encore et encore, pour convaincre, souvent dans des conditions financières difficiles, et face à un marché qui "ne comprend pas" encore. Les vrais pionniers sont souvent des incompris : dans leur vision, ils vivent déjà en 2025, en fonction de besoins futurs, dont on ne peut que deviner des prémices aujourd’hui. On rappellera que AirBnB a été refusée par une dizaine d’investisseurs de premier plan, qui ne comprenaient pas l’intérêt de "faire dormir des inconnus chez soi"

Imposer sa vision demande à l’entrepreneur une persistance (grit) hors du commun, mais également une grande capacité opérationnelle : on ne convainc pas uniquement sur le plan des idées, mais parce que l’on a réussi à démontrer la pertinence de sa vision, en faisant émerger un premier prototype et ayant validé qu’il rencontre un assentiment du marché (un début de product-market fit). Dans cette tâche un peu prométhéenne, l’entrepreneur est souvent amené à prendre des raccourcis : équipe extrêmement réduite de cofondateurs qui ne se paient pas ou peu, et une focalisation sur juste une ou deux fonctions essentielles, comme le développement du produit et l’effort pour le vendre.

C’est l’image de l’homme-orchestre qui vient à l’esprit (Rémi Bricka pour les moins jeunes d’entre nous). Pourtant, s’il souhaite porter loin son ambition, je conseillerais plutôt à l’entrepreneur de très tôt déjà envisager son entreprise comme un orchestre complet. On veut dire par là : donner à chaque grande section (marketing, finance, aspects légaux…) une attention particulière. Et également de consacrer un peu de temps au rôle de chef d’orchestre, c’est-à-dire à cette tâche qui ne fait presque rien et est pourtant si cruciale : coordonner, régler les volumes relatifs, donner le rythme et la cohérence.

C’est nécessaire même dans de très petites structures de 3 personnes, et c’est même nécessaire… dans les projets "solo" ! Il n’est pas bon d’être à 100 % de son temps "le nez sur le guidon" (ou la partition). Ces moments de recul et d’orchestration d’ensemble sont indispensables pour que le projet trouve son tempo et sa respiration.