Après les élections du 26 mai, la FEB avait plaidé pour une formation rapide d’un gouvernement, parce qu'une répétition de la crise de 541 jours de 2010-2011 était exclue. Nous avons alors inversé les chiffres, espérant une formation du gouvernement fédéral en 145 jours. Ce délai arrive à échéance aujourd'hui et apparemment nous ne sommes nulle part, même si les deux plus grands partis ont la main. D'autres protagonistes pensent qu'il est possible de mettre un gouvernement fédéral sur pied pour janvier ou même d'ici au 1er décembre. Quo vadis?

– Chronique signée Pieter Timmermans, administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB).

Les causes de la longueur des négociations gouvernementales sont multiples : la progression de positions extrêmes dans le nord et le sud du pays, la défaite électorale des partis traditionnels, dont certains recherchent un nouveau président, et la formation des gouvernements régionaux. J'avais espéré que les choses iraient beaucoup plus vite. En effet, le paysage politique a certes évolué, mais les défis qui existaient avant le 26 mai subsistent. De plus, le contexte international, avec un Brexit dur, la politique commerciale unilatérale du président Trump et le ralentissement de la croissance en Allemagne, plane au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès.

Nous pensons que le prochain gouvernement fédéral doit se limiter à un certain nombre de défis sociétaux cruciaux. Écrire un accord gouvernemental dont chaque mot est pesé cent fois, c’est se faire la cible des marchés internationaux. Nous n'en avons vraiment pas besoin en ce moment.

Avant tout, le marché du travail reste l’alpha et l’oméga, le but étant de relever le taux d’emploi de tout le pays de 70% à 75%. Seule une politique de l'emploi ambitieuse peut permettre à la Flandre et à la Wallonie d'atteindre leur objectif d'augmentation du taux d'emploi de cinq points. C'est aussi le seul moyen de renforcer le financement de notre sécurité sociale, tout en utilisant plus efficacement les moyens trop rares. Ce n'est qu'à cette condition qu'une pension de 1.500 EUR sera un objectif finançable et tenable à terme. À cet effet, il faut garder plus de gens plus longtemps au travail et renforcer le deuxième et le troisième pilier de pension.

Outre le marché du travail, la congestion routière reste un problème majeur dans notre pays. Une politique cohérente en matière de mobilité doit être rendue possible grâce à un plan de mobilité interfédéral. Par ailleurs, la politique énergétique des prochaines années constituera également un incitant majeur pour encourager les entreprises belges et étrangères à investir davantage. Mais celles-ci ont besoin de certitudes. Dès lors, l’objectif doit être de parvenir à une politique assurant un équilibre entre sécurité d’approvisionnement, prix compétitifs et respect de nos engagements environnementaux. Ces deux domaines sont en outre cruciaux pour stimuler davantage la croissance économique, grâce à des investissements productifs.

Pour affronter le prochain Brexit, il faut désigner - à la guerre comme à la guerre - un manager Brexit. Ce manager de crise doit suivre le Brexit et disposer des compétences nécessaires pour réagir de manière adéquate à certaines décisions britanniques. Il est manifeste que tout peut arriver avec Boris Johnson qui a déclaré : ‘I'd rather die in a ditch than ask for a Brexit delay’.

Un agenda de réformes socio-économiques n'est pas compatible avec une réforme de l'État. Le passé l’a prouvé à profusion. Au lieu de réfléchir chacun dans son coin à une nouvelle structure de l'État et de propager ensuite des 'solutions' qui sont 'imbuvables' pour les autres partis, il est plus utile de se livrer à une réflexion concertée sur un fonctionnement plus efficace de nos institutions. L'efficacité signifie que des compétences peuvent être divisées, mais elle suppose aussi que l'on soit ouvert au mouvement inverse. De cette manière, on pourra mettre un plan sur la table en 2024 au lieu de commencer de zéro. Le moment et le lieu de ce débat importent peu, pourvu qu'il ait lieu.

Notre budget a besoin de réformes structurelles qui rapportent de l'argent à court, moyen et long terme. Cela nécessite un grand sens des responsabilités de la part des deux plus grands partis. S'ils ne parviennent pas à former un gouvernement dans un délai raisonnable, il faudra une période d'apaisement durant laquelle les partis politiques pourront réfléchir. Dans l’intervalle, soit le gouvernement en affaires courantes devra être doté de possibilités supplémentaires pour s’attaquer vigoureusement à certains dossiers, soit un ‘gouvernement de redémarrage’ devra se mettre au travail : une équipe restreinte, pour une période limitée et avec un programme restreint. Après 2019, notre pays ne peut rester, en 2020 encore, un navire à la dérive.