Une chronique signée Paul Yves Poumay - Economiste - Art World Institute ASBL

Les politiciens de tous bords et de tous lieux nous expriment leurs vœux sincères pour un retour rapide « à la normale » … mais la normale ne se définirait-elle pas par un arrêt partiel des activités économiques humaines plutôt que par la reprise effrénée d’une croissance impossible dans un monde fini ? 

Le confinement nous a appris à redéfinir les activités essentielles et les priorités, pourquoi ne pas approfondir ces réflexions sur le long terme ? 

Aujourd’hui, si le COVID-19 préoccupe l’humanité entière, il pourrait aussi devenir notre meilleur allié pour changer la société. En un bref espace-temps, nos relations aux autres, à la nature et au quotidien ont été profondément modifiées. 

Cet arrêt partiel de l’économie mondiale, totalement inimaginable il y a peu de temps encore, permet d’envisager tant d’améliorations fondamentales : climat, pollution, gaspillage, sur prédation, … L’homme doit entamer un nouveau dialogue avec son environnement et se préoccuper prioritairement de toutes les injustices sociales au niveau mondial. 

Même la petite Greta n’a plus besoin de sortir dans la rue pour manifester son indignation. Sans aucun média, un virus microscopique se charge du travail. 

Poser la question serait certainement y répondre mais nous avons aujourd’hui le choix … faut-il sauver l’économie « système construit par une minorité, pour une minorité mais s’imposant à tous » ou plutôt l’humanité avec la terre et ses composantes « la source de nos vies » ? Par crainte de la mort, même les plus grands supporters du capitalisme choisissent le confinement pour conserver la vie. Bien sûr, la pandémie touche brutalement et sévèrement notre société mais elle représente surtout une opportunité unique pour redessiner l’organisation mondiale. Il n’est pas question de sauver un pays ou un continent mais bien le monde ! Quand l’élite pense et écrit que pour sauver l’Europe il faudrait ceci ou cela, cette élite propage encore une pensée bien archaïque face à la mondialisation qui affecte notre civilisation. 

Ecouter des économistes renommés se gargariser d’idéologies bienpensantes et aspirer à ce que le covid19 induise un changement de société pour, dans la même foulée, espérer que la population travaillera en juillet et en aout afin de rattraper le déficit de croissance lié au confinement, synthétise parfaitement l’incapacité intellectuelle à changer le cadre de pensée dominant qui ramène invariablement la société au capital, à l’endettement et à la croissance. La solution ne viendra probablement pas de ceux qui dirigent actuellement le système ! 

Par l’absurde, pour répondre en termes économiques au problème de la dette générée par l’inactivité liée au confinement, cherchons la réponse : quel est le coût réel de production de la création de cette monnaie-dette ? D’après la banque centrale à Frankfort, produire 500 milliards d’euros en coupures de 500 euros coûterait environ 100 millions d’euros. Si le capitalisme nous apprend à tout exprimer en fonction du coût de production, faisons de même avec la monnaie. Produire de l’argent ne coûte presque rien mais c’est son usage et sa répartition qui posent des problèmes. 

L’homme s’est écarté du retour annuel des saisons et du rythme de la nature en consommant plus que ce que la terre ne produit. En effet, « grâce » à l’argent, sans aucune valeur intrinsèque, ses mirages consuméristes et son pouvoir d’agir, certains hommes sont capables de tout détruire. L’argent, même et peut-être surtout en période de pandémie, permet des absurdités absolues. Pensons à l’avion chargé de masques à destination de la France et qui finalement s’est envolé vers les EU pour répondre à la quête de profits d’opérateurs isolés. Ce profit, mobile dominant du capitalisme, prévaudrait donc sur le respect des engagements et le bien commun. 

Puisque l’homme semble incapable d’utiliser l’argent avec raison, il faudrait ajouter à cet élément un « limitateur » individuel. En effet, quelle que soit la fortune dont une entité pourrait faire usage, rien et certainement pas l’argent, ne devrait autoriser celle-ci à détenir plus de droits qu’une autre pour détruire ou exploiter le bien commun aux motifs de croissance, de profits divers ou d’emplois, … 

J’en reviens à des idées déjà évoquées que sont le contingentement avec la déclaration annuelle de CO2 ainsi qu’à l’équivalence universelle de la monnaie. Pour le contingentement, nous devrions tous être limité au fait de notre existence et non de nos fortunes diverses quant à nos droits de consommations. En créant le compteur de CO2, celui-ci enregistrerait le comportement individuel de chaque individu qui devrait introduire sa déclaration annuelle de CO2 plutôt qu’une déclaration de revenus que l’ingénierie fiscale permet aux plus fortunés d’éluder. Quant à l’équivalence universelle de l’argent, la mondialisation étant un fait, il est intellectuellement insupportable d’accepter que l’argent puisse disposer de plus ou moins de valeur selon l’origine de son émission… sauf à penser que des vies seraient plus importantes que d’autres. 

L’épisode Covid-19 devrait calmer durablement l’activité humaine. Si l’homme n’interprète pas les signaux de la nature, celle-ci se chargera de reprendre la main car, comme la mort, la nature ne se préoccupera jamais du pouvoir illusoire d’une monnaie quelconque. 

Chaque vivant en général, qu’il soit migrant, russe, chinois, africain, européen ou américain devrait pouvoir disposer des mêmes droits par rapport à des conditions « minimum » de vie (logement, santé, éducation, nourriture, revenus de base…). 

Tous les besoins réputés non essentiels, créés par des individus mus par le seul profit, où le bien-être d’une personne s’exprimerait par la somme de ses possessions matérielles … tout en permettant une comparaison avec ses pairs (en effet, posséder plus qu’un autre, sans avoir la possibilité de comparer ses possessions, manquerait d’attrait) devraient être strictement limités. La société capitaliste fait rêver de moins-en-moins de gens et, comme après une grosse cuite, c’est la gueule de bois … Voilà ce qui nous attend ! 

Pour moi, chaque individu, quel que soit sa localisation, son statut, sa race, son genre ou sa religion, devrait disposer d’un quota de CO2 incessible et intransmissible. La liberté individuelle permettant à chacun d’utiliser celui-ci comme bon lui semblerait. Toutefois, en choisissant de consommer du CO2 avec un véhicule polluant ou en mangeant des aliments venus de l’autre bout de la terre, il me restera moins de CO2 pour envisager des vacances … 

Imposer une déclaration annuelle de CO2, contraignante, afin de limiter les dégradations actuelles de nos cadres de vies, semblerait une première étape urgente pour rétablir et pérenniser une humanité plus juste et plus durable pour tous. 

Nous vivons grâce à l’eau, l’air, la terre et ses ressources. Après cet épisode viral et son confinement physique, il faudrait confisquer partiellement le pouvoir destructeur lié à l’argent en imposant un confinement économique de longue durée afin d’amorcer l’avènement d’une nouvelle organisation mondiale mieux équilibrée et plus respectueuse de toutes les composantes terrestres afin de créer une société qui procurerait un maximum de bien-être à un maximum de vivants.