Alors que la situation sanitaire devient à nouveau très critique, il convient de prendre des mesures d’urgence pour calmer le jeu et éviter l’effondrement économique que provoquerait un nouveau confinement total. Il faut sauver absolument l’activité économique de décembre, traditionnellement intense pour certains secteurs.

La saisonnalité des ventes au détail en Belgique montre une très forte concentration du chiffre d’affaires en décembre. Après les pertes énormes déjà encourues par les commerces de détail hors alimentation, il est absolument nécessaire de leur permettre de travailler normalement en décembre, et au cours des soldes de janvier, pour limiter les faillites.

De la même manière, il faut que les restaurants puissent absolument travailler en décembre, vu l’importance du chiffre d’affaires de ce mois. Cette activité est également sujette à une forte saisonnalité. En période normale, le chiffre d’affaires de la restauration au quatrième trimestre est supérieur de 25% à celui du premier trimestre.

Il serait donc catastrophique pour l’économie du pays de laisser la situation se dégrader au point que la Belgique soit obligée de décréter tardivement un nouveau confinement généralisé qui s’étendrait alors sur décembre. Maintenir l’activité économique est la condition absolue pour générer les recettes fiscales nécessaires au financement de la sécurité sociale, dont les retraites, les soins de santé et les allocations de chômage. Bien sûr la Belgique s’est massivement endettée cette année. La dette publique va atteindre 117% du PIB et son financement a été rendu possible par les taux d’intérêt extrêmement bas ou négatifs provoqués par la politique monétaire de la BCE, et les achats massifs de dettes publiques auxquels elle procède. Mais ces conditions sont temporaires, et il faudra ensuite assumer les charges de cette énorme dette et en assurer le roulement, à des taux supérieurs. Il est donc illusoire d’espérer laisser filer la dette publique indéfiniment.

Quelles sont les marges de manouvre pour améliorer vite la situation et éviter un nouveau confinement ? La reprise massive de l’activité dans l’enseignement et les entreprises, et en conséquence la fréquentation à nouveau intensive des transports en commun en milieu urbain, a favorisé la dégradation observée. C’est logique puisque la promiscuité est revenue à la normale. Pour améliorer la situation, il faut réduire tout de suite partiellement la promiscuité pendant quelques semaines, au lieu d’y être obligés totalement en décembre.

Il est évidemment hors de question de forcer un nouvel arrêt des entreprises, qui sont très loin d’être les principaux lieux d’origine des problèmes. Il convient simplement d’y renforcer les protocoles de sécurité, là où c’est nécessaire.

Par contre il y a une opportunité dans l’enseignement. Les congés d’automne, planifiés pour la première semaine de novembre, sont imminents. Les allonger d’une ou deux semaines est l’occasion de réduire une forme importante de promiscuité et d’ainsi favoriser une amélioration de la situation. Cela permettrait aussi au personnel de l’enseignement de récupérer après une rentrée difficile et génératrice de stress. Ce serait aussi l’occasion pour les directions de réfléchir posément à la manière d’améliorer les conditions de sécurité dans les locaux, et en particulier l’aération qui laisse encore à désirer dans beaucoup d’endroits alors que les recherches récentes montrent à quel point elle est déterminante, au point que l’Allemagne la considère comme une obligation essentielle quelles que soient les conditions climatiques.

Tout le monde est conscient des inconvénients pédagogiques d’une fermeture des écoles, surtout chez les enfants de milieux défavorisés, et des inégalités que cela entraîne. Les efforts pour maintenir les écoles ouvertes sont justifiés. Mais vu la dégradation de la situation, il vaut mieux allonger un peu un congé qu’être contraint à une fermeture ultérieure pour plusieurs mois. Les écoles peuvent assurer une prise en charge limitée aux enfants qui en ont vraiment besoin, ou dont les parents sont dans l’impossibilité de télétravailler. Il est temps également de penser à mobiliser les énormes ressources de bénévolat que recèle le pays. La Belgique a un taux de participation au marché du travail, de la population en âge de travailler, très inférieur à la moyenne européenne. Il y a donc énormément de personnes relativement jeunes qui sont disponibles et motivées pour apporter leur soutien aux personnes qui le nécessitent, et par exemple des élèves dont l’école est temporairement fermée. Tout cela doit bien sûr être organisé dans des cadres sécurisés.

Bien sûr cette mesure d’allongement du congé d’automne doit être accompagnée de fortes restrictions pour éviter d’autres formes de promiscuité. Il est par exemple opportun d’interdire complètement les fêtes privées pendant une certaine période, comme en Italie. De cette manière, si cela permet d’améliorer rapidement la situation, il pourrait être possible de sauver les rassemblements familiaux et amicaux de Noël et Nouvel an, qui ont une grande importance pour la population.

Rappelons que cela n’aurait aucun sens d’opposer le sauvetage de l’économie et la prise en compte des facteurs humains. Les conséquences néfastes du chômage et de la pauvreté sur le bien être psychologique et la santé des individus ont été suffisamment établies. Si de nouvelles mesures contraignantes vont effectivement détériorer temporairement la qualité des relations humaines, c’est pour en éviter une dégradation encore bien supérieure en cas de perte de contrôle de la situation.