Depuis la panique de l'hiver dernier, le sentiment des investisseurs s'est sensiblement, et rapidement, amélioré. Exaltés par l'envolée des actions de la zone euro et mondiales depuis leurs planchers de mars, les investisseurs sont de plus en plus enclins à penser que rien ne peut faire dérailler le marché haussier. Des signes d'euphorie commencent à voir le jour. Pour autant, le moment n'est pas encore venu de vendre. Un tel regain de confiance – même s'il confine à l'euphorie – est normal lorsqu'un marché haussier touche à sa fin, et il est généralement synonyme de solides rendements. Profitez-en, tout en restant à l'affût des signes avant-coureurs d'un éventuel vacillement.

Comme l'affirmait le légendaire investisseur Sir John Templeton, « les marchés haussiers naissent dans le pessimisme, grandissent dans le scepticisme, mûrissent dans l’optimisme et meurent dans l’euphorie ». Nous avons vu ce schéma se dérouler rapidement depuis mars. Après les mesures de confinement sans précédent visant à endiguer la propagation du coronavirus qui ont pesé sur l'économie, la panique s'est installée. Entre mi-février et mi-mars, la proportion d'investisseurs privés anticipant une baisse du marché relevée par l'Association américaine des investisseurs individuels (AAII) a pratiquement doublé. Alors que mi-février, le pourcentage d'investisseurs haussiers était supérieur de 14 points à celui des investisseurs baissiers, fin mai, ces derniers devançaient de 29 points les premiers – malgré deux mois de hausse fulgurante des marchés. En écho à cela, les enquêtes du ZEW ont montré que les investisseurs étaient extrêmement pessimistes quant aux perspectives de l'indice Euro Stoxx 50 en juin. L'allocation globale aux actions des gestionnaires de fonds a également chuté en mars et avril, pour atteindre son plus faible niveau depuis mars 2009 – le point bas de la crise financière.

Finalement, la panique est retombée, mais le pessimisme et le scepticisme n'en sont pas moins restés omniprésents. Les experts ont vu dans le rebond des actions un sursaut éphémère – déconnecté de la triste réalité – sous l'effet des perfusions des banques centrales. Les investisseurs ont délaissé les fonds d'actions, malgré la poursuite du mouvement haussier.

Depuis le mois de novembre, cependant, les bonnes nouvelles sur le front des vaccins et l'éclaircissement de l'horizon politique à l'issue des élections américaines suscitent l'optimisme. Les prévisions de Wall Street pour 2021 sont quasi unanimement optimistes. Les enquêtes de l'AAII montrent que les opinions haussières ont bondi en octobre et novembre et qu'elles restent nettement supérieures aux moyennes historiques. Les enquêtes du ZEW font état d'un niveau d'optimisme similaire à celui d'avant la crise du COVID. De nombreux observateurs anticipent désormais l'amorce d'un nouveau marché haussier, emmené par les actions de valeur et l'Europe. Pour autant, il reste des sceptiques et, parmi eux, bon nombre sont convaincus que la vigueur des actions n'est que le résultat des mesures de soutien des banques centrales et des « stimuli » budgétaires. Cependant, force est de constater que la confiance et l'optimisme ont le vent en poupe.

Comme nous l’avons déjà souligné à plusieurs reprises dans cette chronique, le marché haussier que nous connaissons n'a rien d'ordinaire. Et le retour de l'optimisme si tôt ne fait que confirmer ce constat. L'euphorie commence à se faire sentir. Des entreprises de premier plan ont fait une entrée fracassante en bourse en décembre. Les experts vantent les mérites des adeptes du risque qui amassent de petites fortunes grâce à des portefeuilles ultra-concentrés à fort potentiel manquant dangereusement de diversification. On est bien loin de la crainte et du scepticisme qui marquent traditionnellement les premières phases d'un marché haussier, et ce pour une bonne raison. Comme nous l’avions fait remarquer, la dégringolade éclair de l'hiver dernier ressemblait bien plus à une correction très disproportionnée qu'à un marché baissier ordinaire. C'est pourquoi, les marchés se comportent actuellement comme si nous étions dans la douzième année du marché haussier qui s'est amorcé en 2009, et non comme si un nouveau cycle débutait.

Une amélioration du sentiment est caractéristique d'une phase avancée de marché haussier et, dans un tel contexte, il y a fort à parier que l'euphorie ne tardera pas à poindre. Mais il ne faut pas y voir un signal de vente immédiat. Le regain d'optimisme que nous observons aujourd'hui est dans une large mesure rationnel. Les marchés anticipent un avenir plus radieux, où les vaccins permettront d'endiguer la pandémie et l'économie retrouvera une évolution normale, à la faveur d'un contexte politique de plus en plus calme au niveau international. C'est un schéma haussier – portés par l'optimisme, les investisseurs prêtent plus attention aux bénéfices futurs, de sorte que les dernières années des marchés haussiers sont généralement les meilleures. Pour nous en convaincre, observons le long historique de l'indice américain S&P 500 et divisons-le en sixièmes, en fonction de la durée moyenne des marchés haussiers. À 40,4 % en moyenne annualisée, le rendement du premier sixième est le plus élevé. Vient ensuite le dernier sixième – phase dans laquelle nous nous trouvons actuellement selon nous – avec un rendement de 24,3 %. En vendant trop tôt, on passe à côté de gains importants.

Nul besoin, par ailleurs, d'identifier avec précision le sommet des marchés haussiers. À l'exception de 2020, en règle générale, les marchés baissiers démarrent à pas comptés, de manière discrète. Ils prennent forme lentement, la baisse se limitant dans un premier temps à 2 % en moyenne par mois, à la différence des corrections, plus soudaines et dictées par le sentiment, lors desquelles les marchés chutent brutalement depuis leur sommet. Le « grand plongeon » survient plus tard, près des deux tiers de la baisse totale depuis le sommet se produisant lors du dernier tiers d'un marché baissier. C'est pourquoi, nous préconisons d'appliquer une « règle de trois mois », consistant à attendre trois mois avant d'agir lorsqu'on pense qu'un marché baissier s'est amorcé. Observez le rythme de la baisse – est-il proche des 2 % par mois ? Pouvez-vous identifier une cause fondamentale d'un marché baissier que peu d'observateurs ont décelée ? Si ces deux conditions sont réunies, peut-être avez-vous repéré l'amorce d'un marché baissier, période durant laquelle la baisse est généralement limitée. Mais si le marché s'effondre et que vous ne pouvez pas discerner de cause non identifiée par ailleurs, il s'agit vraisemblablement d'une correction, auquel cas vous risquez de ne pas pouvoir profiter d'un renversement de tendance si vous vendez. Laissez passer l'orage.

Conservez votre calme à mesure que l'optimisme gagne. Ne battez pas en retraite par crainte que le marché atteigne prochainement un sommet. Mais ne vous emballez pas non plus, aussi élevés les rendements soient-ils. Tenez-vous en à des actions très liquides que vous pourrez vendre sans

peine. La soif de rendement s'accroît, ce qui tend à démontrer que le marché haussier actuel est à un stade plus avancé que beaucoup le pensent.