La réponse est la paralysie politique. L'ancien vice-président Joe Biden devrait devenir le prochain président des États-Unis le 20 janvier 2021, avec des marges de manœuvre très étroites dans les deux chambres du Congrès, laissant à la fois le clan démocrate et l'opposition républicaine dans l'embarras. Les démocrates craignent qu'une impasse législative ne compromette leur vaste programme socio-économique. Quant aux républicains, qui tablaient sur le second mandat de Donald Trump pour mettre en œuvre d'importantes réductions d'impôts, ils redoutent que Joe Biden choisisse au contraire de les relever. Mais pour les actions, que ce soit aux États-Unis, en Europe ou ailleurs, un tel contexte est favorable. Voyez plutôt.

Cet été, nous avons expliqué pourquoi la dissipation des incertitudes dopait les actions au lendemain des élections. À présent que la situation se clarifie, les actions s'inscrivent en hausse. Depuis le scrutin, l'indice américain S&P 500 a ainsi progressé de plus de 8 % en dollars. Les actions de la zone euro ont quant à elles gagné plus de 12 %. Les résultats serrés du scrutin laissent présager la mise en place d'un gouvernement disposant d'une très faible majorité, ce qui devrait leur être favorable. Si Biden a manifestement remporté les élections, c'est grâce à sa victoire dans quatre États clés, où il a à chaque fois enregistré une avance de moins de 1 %. Contrairement aux élections présidentielles qui ont lieu tous les quatre ans, la totalité des 435 sièges au sein de la Chambre basse du Congrès, aussi appelée la Chambre des Représentants, est renouvelée tous les deux ans. Les démocrates détenaient 232 sièges avant les élections. À l'issue de celles-ci, ils n'ont plus qu'une courte majorité de 220 sièges, à l’heure où sept suffrages n'ont toujours pas livré de vainqueur. Or les républicains sont en tête dans six d'entre eux. La marge de manœuvre des démocrates à la Chambre des Représentants s'annonce donc on ne peut plus étroite.

Au Sénat, la chambre haute du Congrès, les républicains détenaient 53 sièges sur 100 à la veille du scrutin mais en ont perdu un. Tous les regards se tournent à présent vers la Géorgie où les deux scrutins sénatoriaux ont débouché sur un second tour prévu pour le 5 janvier prochain. Les républicains doivent gagner au moins un de ces deux sièges pour conserver leur majorité, qui s'avérerait, ici aussi, très courte. Dans le cas contraire, le Sénat serait partagé à 50-50 entre démocrates et républicains. Cela donnerait l'avantage aux démocrates, puisque la Vice-présidente et colistière de Joe Biden, Kamala Harris, joue un rôle prépondérant en cas d'égalité.

Mais même si le Sénat passe aux mains des démocrates, il ne faut pas s'attendre à des mesures législatives importantes ou audacieuses. Leur marge de manœuvre est simplement trop mince, surtout compte tenu des divergences profondes qui règnent au sein du parti. De telles mesures auraient besoin d'un vaste soutien, ce qui est extrêmement peu probable, même sur des sujets qui ne suscitent que peu de controverses. C'est donc la paralysie politique qui prévaut, et ce, au moins jusqu'aux élections de mi-mandat de 2022.

La Belgique ayant régulièrement connu des périodes de paralysie sur le plan politique au cours des dix dernières années, les Belges sont bien placés pour comprendre la frustration qu’une telle impasse peut

générer. Les électeurs veulent que leurs votes comptent, que leurs voix soient entendues et soient sources de changements manifestes. Mais dans le cas des actions, c'est tout le contraire. Nous étudions l'influence de la politique sur les marchés depuis des décennies. Et une constante se dégage : dans les marchés développés, les actions enregistrent leur meilleure performance lorsque la probabilité de grandes réformes législatives est la plus faible. Pourquoi ? Les dirigeants de sociétés ont alors une meilleure visibilité pour planifier leurs actions. Les inconnues sont moins nombreuses.

La législation joue généralement un rôle dans la redistribution de l'argent ou des droits de propriété entre différents groupes : entre riches et pauvres, entre travailleurs et cadres, entre grandes sociétés et petites entreprises, et ainsi de suite. Certains y gagnent, d'autres y perdent. Selon des études comportementales, les gens ressentent beaucoup plus la douleur causée par des pertes que la joie tirée de gains équivalents. Par conséquent, ceux qui sortent perdants des nouvelles mesures législatives les désapprouvent vivement. D'autres les entendent et craignent d'être les prochains. Rappelez-vous les manifestations et les grèves contre les mesures d'austérité organisées en Belgique dans les années 2010. Du fait des incertitudes liées aux nouvelles lois et politiques, les rendements fluctuent beaucoup moins dans un contexte de paralysie.

Contrairement à la Belgique et à une grande partie de l'Europe, le calendrier politique américain est figé. Cet effet est donc manifeste. Ainsi, les nouveaux présidents arrivent généralement au pouvoir avec de grandes idées. C'est à ce moment-là qu'ils ont le plus de pouvoir politique. Ils cherchent donc à en faire le plus possible. Pensez aux importantes réductions d'impôts décidées par Trump en 2017 ou au vaste remaniement du système de santé entrepris par Obama au début de l'année 2010. Ainsi, depuis 1925 (le point de départ des données fiables), les actions américaines ont grimpé (en dollars) dans 58 % des cas lors de la première année de mandat et dans 63 % des cas au cours de la deuxième, ce qui est inférieur à la fréquence des résultats positifs qui est elle de 73,7 %.

Viennent alors les élections législatives de mi-mandat, un mandat présidentiel étant de quatre ans aux États-Unis. Les partis de l'opposition gagnent souvent des sièges, ce qui crée un contexte de paralysie pour les deux dernières années. Résultat : les actions progressent positivement dans 92 % des cas au cours de la troisième année de mandat et dans 83 % des cas lors de la quatrième. C'est aussi au cours de ces années que l'on note les rendements moyens les plus élevés. Le rendement médian est de 22,6 % pour la troisième année et de 12,0 % pour la quatrième, ce qui est dans les deux cas supérieur au rendement annualisé moyen à long terme des actions américaines, qui est de 10 %.

Mais cette fois, il ne faudra pas attendre la mi-mandat pour se retrouver dans une impasse. Nous y sommes déjà. C'est un peu Noël avant l’heure. Et il s'agit là également d'une excellente nouvelle pour les actions européennes. Ces dernières (hors R.-U.) affichent une corrélation de 0,84 par rapport à leurs homologues américaines, ce qui est très élevé sachant qu'une corrélation de 1,0 correspond à une évolution parfaitement symétrique et un niveau de -1,0 traduit une évolution diamétralement opposée. Notons toutefois que la politique américaine n'est que l'un des facteurs qui influent sur les actions. Néanmoins, après une année électorale tendue, le contexte de paralysie dans lequel se trouve la politique américaine devrait apporter un apaisement durable et soutenir les actions américaines, européennes et, bien sûr, belges.