Le marché belge fait belle figure et offre des opportunités d’achat intéressantes en début de cycle haussier, pour ensuite perdre de sa superbe.

– Chronique signée Ken Fisher, président et directeur de Fisher Investments Europe.

Les actions belges ont gagné 26,2 % en 2019 – une excellente performance, certes, mais néanmoins en retrait par rapport à celle des actions mondiales, qui ont bondi de 30,0 %. De nombreux analystes seraient tentés d’en rejeter la faute sur le ralentissement économique européen, les craintes à l’égard des droits de douane ou encore le Brexit. Cependant, les actions françaises ont progressé de 28,0 %, leurs homologues néerlandaises de 34,5 % et les valeurs suisses de 34,8 %. Si ces facteurs étaient à l’origine du retard de l’indice Bel 20, ces autres marchés européens en auraient eux aussi pâti.

La véritable cause tient à des structures de marché différentes. Ces structures ne devraient pas changer de sitôt, pour les raisons que nous allons développer. Par conséquent, pour ne pas se laisser distancer par le marché mondial, les investisseurs belges ne doivent pas hésiter à s'aventurer sur les marchés étrangers. Examinons ensemble pourquoi il faut diversifier et où investir.

L’incertitude politique entourant la mise en place d’un gouvernement en affaire courante depuis plus d’un an avec sa nouvelle Première Ministre par intérim aura eu lieu d’inquiéter la population belge l’an dernier. Inquiétudes qui ont peut-être été exacerbées au vu du large score qu’ont obtenu les populistes lors du scrutin fédéral indécis de mai 2019 et des craintes que cela suscite dans de nombreux milieux. Mais, là encore, ce facteur a peu d’impact au regard de la substance du marché. Du fait de celle-ci, le marché belge fait belle figure et offre des opportunités d’achat intéressantes en début de cycle haussier, pour ensuite perdre de sa superbe.

Dans le cadre d’Euronext, les actions belges sont réparties entre les indices Bel 20, Bel Mid et Bel Small. Si vous pouviez n’investir qu’en Belgique, cette classification serait probablement adéquate. Mais il n’en est rien, car les capitaux s’affranchissent aisément des frontières – pas seulement au niveau européen, mais à l’échelle de la quasi-totalité du monde développé. À l’exception d’Anheuser Busch InBev, le marché belge est composé presque exclusivement de petites capitalisations. La capitalisation moyenne de l’indice des « grandes capitalisations » Bel 20 est d’à peine 7,5 milliards EUR, ce qui paraît bien peu au regard de la capitalisation moyenne pondérée des actions mondiales, qui culmine à 179 milliards EUR.

Cette observation n’est pas anodine : lorsqu’une phase haussière s’amorce, les investisseurs audacieux ciblent les petites entreprises – celles dont la survie même était en péril durant l'épisode baissier qui a précédé. Ils savent que les entreprises les plus durement touchées sont celles qui connaîtront le plus fort rebond. C’est dans un tel contexte que les petites capitalisations belges, notamment les banques et les sociétés biotechnologiques et chimiques qui composent le Bel 20, sont les plus performantes. Ainsi, durant les 12 premiers mois du cycle haussier en cours (du 9 mars 2009 au 9 mars 2010), l’indice Bel 20 a grimpé de 73,2 %, surperformant le marché mondial de pas moins de 11 points de pourcentage.

Mais voilà près de 11 ans que dure cette phase et les investisseurs habituellement enclins à acheter lorsqu’un cycle haussier touche à sa fin se montrent aujourd’hui très prudents. Ils ciblent les grandes entreprises mondiales de qualité, qui génèrent des bénéfices stables et disposent de marges brutes confortables – des valeurs de croissance à même de surmonter les tempêtes économiques. Or, à l’exception d’AB InBev, la Belgique n’en compte aucune.

Au niveau sectoriel, la Belgique manque également de valeurs phares à même de jouer un rôle moteur en fin de cycle. Les grandes entreprises technologiques sont des modèles de qualité et de croissance, mais elles sont absentes du territoire belge. Barco, la plus grande société technologique du pays, n’affiche qu’une capitalisation boursière de 2,3 milliards EUR. Dans le domaine des services de communication, les entreprises du nouveau secteur des médias et services interactifs font jeu égal avec les sociétés technologiques, mais ici encore la Belgique n’en compte aucune. Les grandes entreprises pharmaceutiques brillent également par leur qualité et leur taille. Or, la capitalisation d'UCB, la plus grande société belge dans ce secteur, n’est que de 11,3 milliards EUR.

Portons maintenant notre regard au-delà de la Belgique, sur des marchés qui présentent les caractéristiques convoitées par les investisseurs en matière de secteurs et de taille. Si nous prenons la Suisse comme exemple, le marché y est dominé par de grandes entreprises des secteurs de la pharmacie et de la consommation de base – des sociétés de qualité, fortes et d’une aura mondiale. L’an dernier, les valeurs pharmaceutiques suisses ont gagné 34,8 %, tandis que celles de la consommation de base ont bondi de 37,9 %. Globalement, ces deux secteurs représentent plus de 60 % de la capitalisation du marché suisse. La surperformance des actions suisses est donc le fait de secteurs de poids ayant fortement progressé.

D’autres marchés ont également tiré profit de leur structure en 2019, à l’image du marché américain, dont la hausse de 33,3 % l’an dernier tient en grande partie aux multiples méga-capitalisations technologiques qu’il recèle. Le marché néerlandais a lui aussi surfé sur la vague technologique, s’adjugeant 34,5 % sous l’impulsion de ce secteur, qui représente 29 % de la capitalisation boursière du pays et a bondi de 86,7 % l’an passé.

Le marché français ne compte pour sa part que peu de valeurs technologiques. Pourquoi alors a-t-il surperformé son homologue belge ? C’est notamment grâce aux grandes entreprises de qualité du secteur du luxe, telles que LVMH, qui ont gagné 48,1 % à la faveur de marges brutes d’exploitation semblables à celles de leurs consœurs du secteur technologique.

Ces grands moteurs de croissance ont fait défaut aux marchés qui sont restés en retrait en 2019. À l’instar de la Belgique, l’Espagne, qui n’a enregistré qu’une hausse de 14,1 %, a pâti d’un climat d’incertitude politique, mais aussi, et surtout, de la structure de son marché. Celui-ci se compose pour un tiers de valeurs financières, lesquelles font généralement grise mine en fin de cycle haussier, a fortiori dans un contexte de taux d’intérêt quasi nuls, qui nuit à la rentabilité. Ces valeurs bancaires ont été davantage mises à mal par les mesures fiscales hostiles aux banques adoptées par la nouvelle coalition de gauche. Comme son homologue belge, le marché autrichien, en hausse de 20,5 % l’an passé, a pâti à la fois d’un flottement politique et de sa structure.

Cependant, les rendements ne sont pas toujours déterminés par la nature du marché. Malgré une forte proportion d’entreprises financières, énergétiques et d’autres sociétés cycliques plus à même de briller en début de cycle haussier, le marché canadien a affiché une performance quasiment identique à celle du marché mondial, avec une hausse de 29,8 % en 2019. Il s'agissait néanmoins davantage d’un rebond technique après les terribles difficultés qu’a connues le pays en 2018. N’espérez pas un tel scénario en 2020.

Concentrez-vous plutôt sur les titres qui se sont distingués après le rebond initial du marché mondial en 2019 : tels que ceux des grandes entreprises de qualité. Pour ce faire, vous devez diversifier vos investissements hors de la Belgique. Achetez des actions de grandes sociétés technologiques américaines, allemandes et néerlandaises. Tournez-vous également vers les grands groupes pharmaceutiques britanniques et suisses. Ciblez les entreprises du secteur de la consommation discrétionnaire en Amérique et en France, en particulier celles du luxe, qui bénéficient de la forte hausse du pouvoir d’achat dans les pays émergents.

La tendance haussière, à l’œuvre depuis un moment déjà, peut encore se poursuivre – et générer de solides rendements à condition de faire les bons choix. Pour profiter pleinement des opportunités de 2020, misez sur les grandes capitalisations à l’échelle mondiale.