Des programmes très contrastés

En ce qui concerne l’impôt sur les bénéfices des entreprises, il y a une opposition totale entre les programmes de Trump et Biden. La réforme de Trump avait diminué le taux d’impôt sur les bénéfices des sociétés de 35% à 21%, mais Biden veut le remonter à 28%. A l’opposé Trump veut rendre permanentes les réductions d’impôt qu’il a initialement octroyées jusqu’à 2025. Biden veut aussi réduire de moitié, de 50% à 25%, les déductions à l’impôt sur certains bénéfices, les GILTI, des filiales des sociétés américaines à l’étranger. Biden veut aussi instaurer un impôt plancher de 15% sur les bénéfices, quelles que soient les opportunités de déduction utilisées. L’approche de la régulation est très différente également entre les programmes. Trump veut continuer à déréguler. A l’opposé, Biden veut réinstaurer des restrictions sur l’émission de carbone, et veut réguler les prix de l’industrie pharmaceutique. L’ambition de Biden de hausser le salaire minimum fédéral à 15 dollars l’heure peut également réduire les profits des entreprises qui paient moins. A côté de cela, l’augmentation des investissements publics voulue par Biden est très supérieure à celle de Trump. Biden veut également doper les revenus des ménages ordinaires par des crédits d’impôt. La stimulation budgétaire de l’activité serait très forte, suite à l’élection de Biden. L’augmentation de la demande de biens de consommation et d’investissement qui en résulterait pourrait profiter à beaucoup d’entreprises.

Actions des sociétés américaines

Globalement la différence entre les impacts potentiels des programmes de Trump et Biden sur les cours des actions américaines est ambigüe. Pourquoi ? Parce que la différence entre les effets nets de ces programmes sur les bénéfices après impôts est incertaine. D’un côté, à résultats inchangés avant taxes, même des versions édulcorées des mesures fiscales de Biden vont réduire les bénéfices nets par action des sociétés cotées. Mais d’un autre côté, l’effet stimulant de l’ensemble du programme de Biden est susceptible d’augmenter fortement les résultats des entreprises avant taxes, comparés à ce qu’ils seraient à politique inchangée.

Toutefois, il y a une meilleure clarté si on examine la question pour chaque secteur. Aux Etats Unis, les différents secteurs ont en effet bénéficié de la réforme fiscale de Trump de manière hétérogène. Certains secteurs ont bénéficié de réductions d’impôts très fortes, d’autres moins. On peut penser que l’impact d’une élection de Biden serait plutôt négatif pour les entreprises qui ont surtout bénéficié de la réforme de Trump. Un autre facteur à considérer est l’impact potentiel du programme de stimulation budgétaire de Biden sur les entreprises de chaque secteur. Pour les entreprises qui vont bénéficier beaucoup de l’augmentation de la demande intérieure provoquée par le programme de Biden, l’effet de l’augmentation des bénéfices avant taxes est susceptible d’être supérieur à celui de l‘augmentation du taux d’impôt.

Une élection de Biden pourrait donc défavoriser les actions des banques, de beaucoup des grandes entreprises industrielles comme Boeing, de certaines de celles du secteur des biens et services de consommation discrétionnaires comme Netflix, qui ont fortement profité de la réforme fiscale de Trump. Les multinationales américaines des nouvelles technologies de l’information et de la communication, dont les GAFA, et aussi de la pharmacie, seraient affectées négativement par la hausse de l’impôt sur les GILTI si Biden était élu. L’élection de Biden pénaliserait bien sûr les actions des sociétés actives dans l’extraction des pétrole et gaz de schiste.

Les actions des banques seraient pénalisées par une élection de Biden car une administration démocrate renforcerait les restrictions de la régulation prudentielle à laquelle elles sont soumises, alors que Trump est en faveur du contraire. Les activités d’exploration et extraction de l’énergie sont abritées des hausses d’impôt par manque de profits à taxer, et l’accumulation de pertes passées qu’elles peuvent reporter sur les exercices ultérieurs. Ces entreprises sont donc indifférentes au résultat des élections, du point de vue de leurs impôts mais pourraient toutefois être affectées par une nouvelle régulation. Par contre les entreprises de distribution d’électricité peuvent être défavorisées par les hausses d’impôts qu’une élection de Biden impliquerait. Les actions des entreprises des secteurs des énergies propres et des infrastructures seraient favorisées par une élection de Biden. Cela favoriserait les actions des entreprises de construction et celles des installateurs de voies ferrées. Les actions pétrolières seraient pénalisées par l’élection de Biden mais réagiraient très bien si Trump était réélu. Si Biden est élu, les actions des entreprises pharmaceutiques pourraient se déprécier. Son programme veut en effet contraindre les prix de vente de leurs produits. Une élection de Bident pourrait provoquer une érosion des cours des actions de Google, Facebook et Amazon aussi longtemps que son parti laissera entendre qu’il pourrait essayer de légiférer pour les scinder.

Les actions de Twitter, Snapchat ou Pinterest réagiraient également assez négativement à l’élection de Biden, de crainte d’une régulation très restrictive qui diminueraient leurs opportunités de profit. De manière générale, l’élection de Biden est susceptible de favoriser le cours des actions des petites sociétés cotées relativement à celui des grandes entreprises technologiques qui ont été les grandes bénéficiaires de la politique de Trump. Le programme de Biden est en effet davantage centré sur la promotion de la croissance de l’ensemble de l’activité du pays.

Actions européennes

L’élection de Trump nuirait aux cous des actions européennes, car elle signifierait la poursuite d’une politique américaine protectionniste agressive. Les entreprises européennes resteraient sous la menace d’augmentations supplémentaires des droits de douane sur leurs exportations vers les Etats unis. Par contre l’élection de Biden serait plutôt en faveur des actions des entreprises européennes. Une hausse des impôts sur les bénéfices des sociétés, aux Etats Unis, ainsi qu’une orientation à la baisse du dollar, amélioreraient les perspectives de rentabilité relative des entreprises européennes comparées aux entreprises américaines.

Actions, obligations, taux de change et taux d’intérêt des pays émergents 

Sur le plan du commerce international, Biden s’écarterait moins de Trump que sur d’autres points. Il resterait très ferme avec la Chine et favoriserait aussi les relocalisations aux Etats Unis. Il s’est toutefois engagé à réexaminer la pertinence des augmentations de droits de douane déjà décidées par Trump, et à favoriser une approche concertée avec les alliés des Etats Unis. Cette approche un peu moins protectionniste serait globalement en faveur des pays émergents. Leurs perspectives d’exportations vers les Etats Unis seraient stabilisées. Cette réduction de l’incertitude favoriserait une reprise des investissements étrangers, surtout américains et européens, dans les pays émergents. Comme le programme de Biden stimulerait bien davantage l’économie des Etats Unis que celui de Trump, les importations américaines seraient supérieures s’il était élu, ce qui augmenterait les exportations des pays émergents. Les perspectives de dépréciation du dollar, en cas d’élection de Biden, pourraient inciter les capitaux à se réinvestir dans les pays émergents. Ce retournement des flux de capitaux permettrait aux pays émergents de réduire leurs taux d’intérêt, ce qui stimulerait leur croissance. L’appréciation des devises des nations émergentes y réduirait quelque peu l’inflation, ce qui favoriserait la réduction des taux d’intérêt. Une élection de Biden est donc susceptible de conduire à une appréciation des actions et des obligations des pays émergents.