La crise du covid s’étire, s’allonge, et se prolonge. Pour beaucoup de nos métiers "de bureau", le bureau est devenu la maison, et vice-versa. Les journées ressemblent parfois à un long tunnel de réunions en visioconférence. Les événements se déplacent vers du "live" ou "virtuel", où l’on tente de recréer, avec plus ou moins de bonheur, les interactions entre participants.

Il faut reconnaître que tant que l’on est dans le one-to-many, l’orateur s’adressant à une audience, ça se transpose encore assez facilement. Il y a tout un art de l’interactivité à réinventer, pour s’assurer que les auditeurs sont bien là, et pas en train de se perdre dans une autre fenêtre. Ou le networking, qui reste une des raisons d’être d’un événement.

Mais on commence à réaliser l’importance de quelque chose qui peut sembler futile, et est pourtant indispensable dans la durée : tous ces moments informels, que l’on appelle "autour de la machine à café". Nos réunions en visioconférence, qui démarrent à 10 h pile, pour se terminer à 11 h pile se sentent obligées de rentrer directement dans le vif du sujet. Il n’y a plus ce "temps perdu" à proposer un café, voir à aller le chercher ensemble à la machine à café. Ces temps sont souvent l’occasion d’apartés, en plus petits groupes, de 2 ou 3. C’est l’occasion de raccrocher à d’autres éléments, de loisir, de proximité géographique ou de réseaux.

À ne rester que dans le fonctionnel, nos e-meetings finissent par… fonctionner moins bien, ne bénéficiant plus du "lubrifiant social" que constituent ces discussions informelles, qui pourtant contribuent à créer du lien.

Une équipe du MIT, autour du professeur Malone, a fait ce genre de constats, et a voulu proposer une piste de solution "Minglr", qui tente de recréer les moments watercooler , autour de la fontaine à eau, autre totem de ces rencontres informelles. On tente là de formaliser cet informel, en provoquant des rencontres impromptues, brèves, sans agenda, pour échanger sur tout et sur rien, entre collègues ou contacts professionnels. Avec la généralisation (durable) du télétravail, on n’est sans doute qu’au début de ces constats, et de ce besoin de "réinventer la machine à café".