A l’heure de faire le bilan économique de l’année 2019 en Europe, je souhaitais revenir sur ce qui me semble être l’un des principaux évènements de l’année : la réunion de septembre de la Banque Centrale Européenne (BCE) durant laquelle Mario Draghi a annoncé la baisse de 0,10% du taux de dépôt de la BCE et la réactivation dans la foulée de son programme de rachats d’actifs.

– Chronique signée Vincent Juvyns, Global Market Strategist chez JP Morgan Asset Management.

Davantage que les conséquences techniques de ces décisions, c’est surtout les messages qui les accompagnaient qui sont importants. Le premier est que les taux bas, voir négatifs, ne sont pas une expérience monétaire temporaire mais bien un phénomène qui devrait s’inscrire dans la durée. Le second est qu’une politique monétaire accommodante est une condition nécessaire mais pas suffisante à la relance de la croissance et la BCE a ainsi accompagné sa baisse de taux d’un appel aux états membres à prendre le relais avec des politiques budgétaires plus expansionnistes.

Si l’idée d’une relance budgétaire en Europe semble en théorie séduisante, elle n’est toutefois pas sans risques pour les finances publiques des états membres et elle pourrait en outre se révéler inefficace si cet effort n’est pas coordonné au niveau européen.

Il n’est en effet pas souhaitable que les Etats membres s’écartent des critères du Pacte de Stabilité et de Croissance puisque nous avons pu observer ces dernières années que lorsque qu’un état relâchait la bride budgétaire, l’impact économique positif de cette politique budgétaire expansionniste était généralement annihilé par la hausse de ses couts de financement sur les marchés obligataires. Cela ne signifie pas pour autant que les états membres n’ont aucune marge de manœuvre budgétaire, au contraire même puisque la politique de relative austérité menée ces dernières années conjuguée à la politique monétaire accommodante de la BCE a permis de faire baisser le cout annuel de service de la dette en zone Euro de plus de 1% du PIB par rapport à il y a cinq ans. En Belgique, on peut ainsi estimer que l’économie réalisée cette année sera de l’ordre de 1,5% du PIB, ce qui pourrait permettre au gouvernement, même en affaires courantes, d’avoir une politique budgétaire relativement souple tout en respectant ses engagements européens.

Une politique de relance budgétaire menée par les états membres serait en outre peu efficace si celle-ci n’est pas coordonnée au niveau européen. On ne pourrait en effet pas imaginer une baisse importante des taxes comme on l’a vu aux Etats-Unis dans la mesure où cela relancerait la concurrence fiscale entre Etats membres tandis que les projets d’investissements massifs en infrastructures, souvent évoqués pour assurer notre transition énergétique, ne peuvent se concevoir qu’au niveau européen.

Les européens sont souvent critiques par rapport aux institutions européennes mais ils sous-estiment généralement leur travail, notamment en matière de relance de la croissance par l’investissement. En effet, le fonds européen d’investissements stratégiques (EFSI ou plan Juncker), lancé par Jean-Claude Juncker au début de son mandat, a par exemple déjà attiré plus de 400 milliards d’euros d’investissements - qui servent à financer des projets d’infrastructure, des PME, de la recherche et du développement… - et aurait contribué à la création de plus de 1 million d’emplois sur le continent.

En plus d’assurer une meilleure coordination de l’effort d’investissement en Europe le fonds européen d’investissements stratégiques a mobilisé relativement peu de capitaux publics puisqu’il a pu largement profiter d’investisseurs privés. Cet intérêt s’explique d’une part, par la qualité intrinsèque des projets à financer mais également, par le fait que l’environnement de taux bas maintenu par la BCE les pousse à rechercher des options d’investissements plus rémunératrices.

Pour 2020 et au-delà, il n’est donc pas souhaitable que les Etats membres prennent individuellement le relais de la BCE en laissant déraper leurs finances publiques car cela conduirait assurément à une nouvelle crise existentielle en Europe. Il faut au contraire espérer, qu’ils utilisent collectivement l’effet de levier que procurent des taux durablement bas pour renforcer la capacité d’actions des institutions européennes et avancer notamment sur la voie d’un budget européen.

En Europe comme en Belgique, il est donc important de rappeler que l’union fait la force !