Les professions du Droit sont à l’aube d’une nouvelle ère. La préparation à ce tournant technologique par les différents acteurs du monde juridique et judiciaire belge me semble urgente.

Une chronique signée Sophie Everarts de Velp , juriste spécialisée en propriété intellectuelle, droit des nouvelles technologies et protection des données (RGPD)

Nouvelle clientèle

Les milléniaux ont bien grandis et sont désormais entrés dans la vie active. Cette génération pour laquelle le smartphone est devenu le prolongement de la main, cette génération qui a l’habitude d’un flux continu d’information et d’actualité, cette génération qui veut tout et tout de suite.

Une génération "start-up" où on ne veut plus forcément suivre les chemins traditionnels. Alors on innove, on crée. La plupart des professions sont réinventées… celles du Droit n’y échapperont pas.

Des conseils rapides et efficaces, des documents rédigés sans délai, à prix réduit et de manière compréhensible. Voilà ce que souhaitent les clients, et ce, de plus en plus.

Repenser les structures classiques

Il me paraît indispensable que les cabinets d’avocats repensent leurs structures hiérarchiques abandonnent les structures classiques. Pourquoi ne pas collaborer davantage avec des project managers, des tech engineers, des graphistes, des juristes spécialisés en IT ?

A l’heure des nouvelles technologies, je pense qu’il est devenu fondamental pour les avocats qui veulent "rester dans le coup", de modifier leur méthode de travail devenue désuète.

Le marché belge a vu naître ces dernières années de nombreuses technologies permettant de faciliter le travail juridique et judiciaire: les legaltechs. Pourquoi ne pas faire appel à l’une ou l’autre legaltech, qui vous permettra d’automatiser, de standardiser des tâches répétitives et chronophages? Le legaltech summit, organisé depuis deux ans à Bruxelles, en fin d’année, pourrait vous aider à trouver les technologies adaptées à votre méthode de travail.

Se former aux nouvelles technologies

Il devient urgent pour les acteurs juridiques et judiciaires de se former aux nouvelles technologies. Legaltechs, intelligence artificielle, blockchain, informatique, toutes sont des matières que les avocats, magistrats, huissiers, notaires et juristes devront maîtriser dans un futur proche.

Selon moi, ces matières doivent être enseignées dès l’université. Peu de programmes proposent des cours obligatoires de droit des nouvelles technologies, d’innovation juridique, de protection des données, de cybersécurité ou encore d’informatique. L’avocat, le juriste ou le magistrat de demain devront pourtant être capables de comprendre tout cela.

Prenons l’exemple de la blockchain (base de données distribuée et cryptée, dont l’intégrité est assurée par chaque utilisateur détenant toutes les opérations effectuées depuis sa création). Il est maintenant certain que les notaires, en particulier en matière de transactions immobilières, utiliseront de plus en plus cette technologie et devront dès lors la maîtriser, pour pouvoir l’utiliser et l’expliquer à leurs clients.

Que se passerait-il, en cas de litige? Les avocats et juges devront pouvoir analyser et comprendre les informations contenues dans la blockchain, ce qui demande un certain degré de connaissance. Les smart-contracts, contrats automatisés stockés sur la blockchain, deviendront également le quotidien des acteurs juridiques et judiciaires.

Legal design

Laissez tomber vos contrats interminables, remplis de vocabulaire incompréhensible. Clarifiez et débroussaillez vos documents. Rendez-les agréables à lire, et surtout limpide pour le lecteur.

Depuis peu, le legal design fait son petit bout de chemin. Déjà très utilisée outre-Atlantique et dans les pays anglo-saxons, cette nouvelle façon de procéder consiste à remettre le client au centre du processus de rédaction. Cette approche innovante reliant Droit, design et technologie permet de rendre le Droit plus accessible et surtout plus compréhensible.

Aborder la transition numérique

Comment aborder la transition numérique dans la pratique ?

Soyez présents en ligne (website performant, réseaux sociaux); utilisez des legaltechs, des logiciels de gestion et l’intelligence artificielle (chatbot, automatisation, standardisation des documents et tâches répétitives ...); formez-vous aux différentes nouvelles technologies; repensez votre méthode de travail et votre structure au sein de votre cabinet ; soyez curieux ; investissez et collaborez avec des start-ups, ou autres freelances spécialisés; retravaillez vos documents pour les rendre plus compréhensibles.

Il semble urgent de vous pencher sur ces pistes si souhaitez rester compétitif dans cette nouvelle ère qui commence.