Les technologies numériques représentent une arme décisive dans la guerre déclarée au coronavirus.

Une chronique signée Nicolas Neysen PhD, Digital Transformation Lead, HEC Liège-Ecole de gestion de l’Université de Liège

À bien des égards, le numérique représente un formidable atout dans le combat mené face à la pandémie de Covid-19. Sur le plan sanitaire, tout d’abord. Que ce soit en matière de modèles prédictifs de propagation du virus ou de solutions permettant le diagnostic de la maladie, les algorithmes d’intelligence artificielle (IA) ont déjà fait leurs preuves. Ainsi, la start-up canadienne BlueDot a été l’une des premières à alerter sur le risque d’épidémie en Chine, et ce, plusieurs jours avant l’OMS puis en prédisant les zones vers lesquelles elle allait s’étendre.

Toujours dans le domaine médical, le recours à la consultation vidéo en temps réel représente une solution intéressante pour les généralistes. En l’espace d’une semaine, le nombre de rendez-vous pris sur la plateforme Doctolib, premier acteur de téléconsultation en France, a crû de 40 %. À Seattle, aux États-Unis, l’hôpital de la Providence a mis en place un système de chatbot (robot logiciel pouvant dialoguer avec un individu) permettant de filtrer les patients et d’identifier les cas les plus sérieux.

Technologies et organisation du travail

Sur le plan de la communication aussi, le numérique joue un rôle déterminant. Informer et prévenir sont des priorités en temps de crise. Si les médias traditionnels continuent de jouer un rôle important, le recours aux réseaux sociaux et aux sites d’information est désormais indispensable si l’on souhaite toucher un maximum de monde. Cela soulève aussi le problème de la désinformation sur Internet, un phénomène, certes connu, mais amplifié ces dernières semaines.

Face à ce fléau collatéral, des initiatives voient le jour. Google, par exemple, modifie ses systèmes de classement pour donner la priorité aux sites officiels ou réputés fiables même si ceux-ci bénéficient d’une popularité moindre en temps normal.

Bien qu’actuellement la priorité soit ailleurs, nul doute que le temps du bilan économique viendra et il sera assurément lourd. Il faudra du temps et des moyens considérables pour effacer les stigmates de la crise. Néanmoins, il est fort à parier que ce bilan aurait été bien pire en l’absence de technologies numériques qui, dans de nombreux secteurs, permettent le recours massif à de nouvelles formes d’organisation du travail. Systèmes de visioconférence, logiciels de live chat, plateformes de partage de documents en ligne, autant de solutions sans lesquelles maintenir une activité dans les entreprises relèverait de la gageure.

En Belgique, un travailleur sur quatre pratique de façon régulière une forme de télétravail. En ce moment, cette proportion est de facto bien plus importante et nécessite une adaptation des comportements, avec un renforcement de la responsabilisation du travailleur.

Le numérique facilite aussi l’acceptation et le respect des mesures de distanciation sociale et de confinement. Communiquer avec ses proches via son smartphone ou sa tablette n’est pas compliqué, si ce n’est qu’il faut penser à une assistance pour les personnes âgées. De même, l’offre de services numériques, tels que le gaming en ligne ou le streaming vidéo, élargit la palette d’activités pour occuper son temps libre. Netflix a, par exemple, lancé une extension gratuite, appelée Netflix Party, permettant de regarder des films et des séries avec un groupe d’amis, simultanément, mais à distance.

Numérique et activités d’enseignement

Il faut enfin souligner le rôle crucial que joue le numérique dans le maintien des activités d’enseignement. Selon l’Onu, ce sont aujourd’hui 850 millions élèves de par le monde qui ne peuvent plus se rendre à l’école ou à l’université pour cause de confinement. Ici encore, le numérique apporte son lot de solutions. Nombreux sont les enseignants qui créent des groupes fermés sur les réseaux sociaux afin de maintenir l’interaction avec leur classe. Vu l’ampleur de la situation, plusieurs entreprises du secteur EdTech donnent librement accès à leurs outils. Pratiques et souvent faciles d’utilisation, ces logiciels de classe virtuelle et de création de podcast, par exemple, sont une alternative de choix à l’apprentissage en présentiel.

La crise de santé publique que nous vivons est bien entendu grave et source de nombreuses inquiétudes. Cependant, dans le même temps, elle représente aussi potentiellement un coup d’accélérateur dans l’adoption de technologies numériques qui impactent nos modèles d’apprentissage, de travail et de vie en société.

© AFP