Décideurs & chroniqueurs

Ils sont entrepreneurs, artisans, coiffeurs, électriciens, commerçants… et ils en ont assez du "climat politique délétère actuel", des "grèves qui découragent les investisseurs", des "anathèmes", des "caricatures" et de "l’immobilisme". Ils sont une soixantaine d’indépendants ou de chefs de petites et moyennes entreprises (PME) et ils lancent un appel aux acteurs politiques et sociaux du pays à sortir de la logique de confrontation et à "oser les réformes nécessaires à notre avenir". Un message qu’ils font passer dans "La Libre" (voir pages 52-53), regroupés sous la bannière de l’Union des classes moyennes, première organisation représentative des indépendants et PME en Belgique francophone.

Si ces indépendants se permettent aujourd’hui d’interpeller les décideurs, c’est parce qu’ils estiment que l’heure est grave. "Nous avons le sentiment que nous sommes à un tournant de l’histoire de notre pays, et que ce tournant, nous le prenons mal !", écrivent-ils.

La voix de 250 000 indépendants

Pourtant, ces travailleurs indépendants, au nombre de 250 000 à Bruxelles et en Wallonie, disent sentir une possibilité de reprise économique, seule à même de maintenir notre système social. "Mais cette reprise est fragile, nuancent-ils aussitôt. Très fragile. Notre pays a des problèmes, des handicaps, des rigidités que nous devons regarder en face et surtout attaquer."

Les auteurs de l’appel pointent six chantiers "cruciaux" : moderniser les relations de travail et développer un cadre pour l’économie collaborative; clarifier l’impôt des sociétés; développer un système lisible de pension à points; améliorer la mobilité et sortir du tout à la voiture; adapter l’enseignement et anticiper les nouveaux métiers; et, enfin, profiter de la trêve communautaire pour rôder un fédéralisme adulte.

Besoin de confiance dans l’avenir

"Nous avons besoin de confiance dans l’avenir. Cette confiance viendra si chacun accepte de travailler pour construire cet avenir", concluent les signataires d’un appel qui vient s’ajouter à ceux déjà lancés par d’autres acteurs économiques ou politiques. Le message sera-t-il entendu ?


Voici l'appel du collectif de chefs de PME et d'indépendants

Nous, indépendants et chefs de PME, lançons un appel pour quitter ce climat politique délétère. Nous sentons une possibilité de reprise économique. Attaquons-nous aux chantiers pour maintenir notre économie et donc le maintien de notre système social.

Nous sommes des entrepreneurs, des commerçants, des artisans, des titulaires de professions libérales. Nous sommes de ces chefs de PME qui font tourner l’économie et qui créent les emplois indispensables au lien social. Aujourd’hui, nous avons le sentiment que nous sommes à un tournant de l’histoire de notre pays et que ce tournant, nous le prenons mal ! Nous appelons les acteurs politiques et sociaux à se reprendre, à préférer l’écoute et la concertation à l’affrontement, à oser les réformes nécessaires à notre avenir.

La Wallonie et Bruxelles comptent plus de 250 000 travailleurs indépendants. Les PME qu’ils ont pris le risque de créer donnent du travail à la majorité des salariés du pays et sont à l’origine des 9 700 emplois supplémentaires créés au premier trimestre de cette année !

Oui, nous sentons une possibilité de reprise économique. Les investissements sont en hausse et les faillites sont en baisse. Le coût du travail a diminué et le pouvoir d’achat a été sauvegardé. La Sécu est intacte et le dynamisme entrepreneurial en croissance.

Mais cette reprise est fragile, très fragile. Notre pays a des problèmes, des handicaps, des rigidités que nous devons regarder en face et surtout attaquer. Les chantiers sont nombreux. Nous en avons identifié six qui, pour nous entrepreneurs, sont cruciaux.

1. Moderniser les relations de travail. La réforme lancée par le gouvernement doit aboutir, en concertation si possible. Nous avons aussi besoin d’un cadre pour intégrer l’économie collaborative et les nouvelles façons de travailler (mixité des statuts).

2. Revoir l’impôt des sociétés. Il est urgent d’instaurer un système clair, praticable, qui n’écrase pas les entreprises et qui rétablisse l’équité entre les grandes et les petites.

3. Repenser les pensions. Le système actuel est illisible, économiquement intenable, socialement injuste. Il ne correspond plus à la réalité des carrières mixtes, à la nécessité de rassurer les entrepreneurs sur leur avenir. Le calcul par points est un bon moyen d’arriver à un système clair, pérenne, équitable, qui valorise le travail et assure la solidarité.

4. Améliorer la mobilité. Le "tout à la voiture" imaginé dans les années 70 est dans l’impasse. C’est une catastrophe environnementale qui ne répond plus aux besoins. Puisque des investissements publics sont nécessaires à la relance de l’économie, développons enfin, en particulier à Bruxelles, des transports en commun performants, fiables, sûrs, fréquents.

5. Adapter l’enseignement. La troisième révolution industrielle n’est pas terminée que se profile déjà la quatrième : celle de l’intelligence artificielle. De la formation en alternance - si précieuse ! - à l’université, les programmes scolaires doivent anticiper de nouveaux métiers. La Wallonie et Bruxelles doivent rester riches de leurs talents, de la qualité de la formation des jeunes, adaptée aux réalités du monde de l’entreprise.

6. Stabiliser l’Etat. La trêve communautaire actuelle ne sera pas éternelle. Mettons-la à profit pour terminer la sixième réforme et roder un fédéralisme adulte. Quelles que soient les évolutions, nous avons besoin de clarté dans la répartition des compétences et de collaboration entre les différents niveaux de pouvoir. Nous en avons besoin dès maintenant !

Ce qui est en jeu, c’est la santé à moyen et long termes de notre économie et donc le maintien de notre système social. Nous constatons avec consternation, même avec angoisse, que ces questions essentielles pour notre avenir et celui de nos enfants ne sont pas abordées avec une volonté constructive. L’heure est aux anathèmes, aux caricatures, à l’immobilisme et à la défense des privilèges.

Nous, entrepreneurs, nous déplorons le climat politique délétère actuel. Nous subissons les effets des grèves, qui entravent l’activité de nos entreprises, qui minent le devenir de nos activités et qui découragent les investisseurs. Nous souffrons d’un environnement bruissant de doutes, de grognes et de colères.

Une PME marche à la volonté mais aussi au moral : celui de ses clients, de ses collaborateurs et de ses patrons. Nous avons besoin de confiance dans l’avenir. Cette confiance viendra si chacun accepte de travailler pour construire cet avenir. Il sera ce que nous en ferons.


L’ensemble des signataires:

Les membres du conseil d’administration de l’UCM : Georges BITAINE, Marc BOERBOOM, Eric CARLIER, Daniel CATALDO, Fabrice CEOLA, Damien de DORLODOT, Violaine DELAHAUT, Arnaud DEPLAE, Francine DEVILLE, Baudhuin GÉRARD, Emmanuel GÉRARD, Philippe GODFROID, Didier HANIN, Francis HENRY de FRAHAN, Philippe LADURON, Jean-Benoît LE BOULENGÉ, Philippe LEDENT, Gérard LEPLAT, Gilbert NAVET, Pierre-Frédéric NYST, Emmanuel PROVIS, Philippe PUISSANT, Valérie SARETTO, Jean-Michel STURBOIS, Marc VILET, Luc VINCENT, Christian VOISIN. Les responsables d’organisations professionnelles : Yves NOIRFALISSE, président APLSIA (Association professionnelle du libre service en alimentation), Eric THIRY, président UNPLIB (Union nationale des professions libérales et intellectuelles de Belgique), Jean-Marie DOLLINGER, président UBAC (Union belge des agents commerciaux), Freddy VANHOE, président TRAXIO (Confédération belge du commerce et de la réparation automobile et des secteurs connexes), Eric PAQUAY, vice-président VCCS (Association des coordinateurs de sécurité), Olivier Neirynck, directeur technique BRAFCO (Fédération belge des négociants en combustibles), Didier MORAY, président ABAJP (Association belge des architectes de jardin), Jacques HENDRICKX, président ABJ (Association belge des jardineries), Jean-Paul HALLEUX, président ARPH (Association royale des professionnels de l’horticulture), Jan ORYE, président ARS NOBILIS (Fédération belge du bijou et de la montre ASBL), Johan SCHOLIERS, président COBEREC (Confédération belge de la récupération), Geert VERSTRAETE, président ELOYA (Union des électriciens), Albert HOC, président FBAA (Fédération belge des exploitants d’autobus, d’autocars et d’organisateurs de voyages), Jean-François FERRANT, président FBEP-BFG (Fédération des entrepreneurs paysagistes), Jean-Pol GUISSET, président FEDAFIN (Fédération des agents financiers indépendants francophones), Thierry NEYENS, président Fédération Horeca Wallonie, Daniel NOÉ, président FEE (Fédération de l’électricité et de l’électronique), Vincent FRÉDÉRICQ, secrétaire général FEMARBEL (Fédération des maisons de repos privées de Belgique), Léonard MONAMI, président FENACA (Fédération nationale des commerçants ambulants), Philippe MUYS, président FEPRABEL (Fédération des courtiers d’assurances & intermédiaires financiers de Belgique), Claude HUMBLET, président FNS (Fédération nationale des serruriers), Pierre STEENBERGHEN, président GTL (Groupement national des entreprises de taxi et voitures de location), Anne-Christine GOUDER, secrétaire générale NAREDI (Fédération professionnelle des entreprises belges secteur compléments alimentaires), Walter AGOSTI, président PRODIPRESSE (Association des diffuseurs de presse indépendants), Xavier DEVILLE, vice-président PRODIPRESSE, Hélène Van de Steen, présidente UBMP (Union belge des médiateurs professionnels), Stéphane COIGNÉ, président du conseil d’administration UCB-UBK (Union des coiffeurs belges), Bernadette Delange-Raeymaekers, présidente UDCF (Union belge des détaillants crémiers fromagers), Jean-Jacques HERREMANS, président UFLDB (Union francophone des laboratoires dentaires de Belgique), Nathalie Garcia-Hamtiaux, présidente UNITIS (Union des entreprises de titres-services), Yannik BELLEFROID, président UPAP (Union professionnelle des agences de paris), Xavier BERTEELE, président BBOT-UPBTO (Union professionnelle belge des technologies orthopédiques), Bruno VELGHE, président UPTR (Union professionnelle du transport et de la logistique), Léon MALMEDY, président UREBO (Union régionale des entreprises du bois), Luc CHRISTIAENS, président CBD, Chambre belge des déménageurs, Jean-Jacques NONET, président CCW (Confédération construction Wallonie).