Une chronique signée Igor de Maack, Gérant et porte-parole de la Gestion, DNCA Investments

Cette chanson inoubliable notamment chantée par Ella Fitzgerald et Louis Amstrong pourrait introduire ce commentaire hebdomadaire et les prochains mois qui s’annoncent. Comme dans l’opéra composé par Gershwin et qui donna naissance à cette chanson, la période est morose (dans l’œuvre il est question de la misère de la communauté afro-américaine) mais chaque individu essaie de trouver de la joie et de l’espérance. Cette période de déconfinement ouvre, elle aussi, une période d’incertitude et de crise mais chacun cherche à rebondir et se tourner vers l’avenir.

L’été, traditionnelle saison touristique, va constituer une nouvelle fracture en Europe. Les pays du Sud (France, Italie, Espagne, Portugal et Grèce) vont se retrouver amputés de la manne des touristes si les restrictions de voyage perdurent. Les pays du Nord (Allemagne en tête), eux, ne sont que peu exposés au tourisme. L’écart de PIB va donc continuer de se creuser en mettant encore plus la pression sur une zone euro et une Europe contestée dans sa gestion de la crise.

Sur le plan international, les discours anti-chinois de Donald Trump, sur fonds de mauvaise gestion du coronavirus, ont repris de plus belle entraînant les marchés actions européens dans une nouvelle correction en séance avant de se reprendre. La réthorique trumpienne va s’accentuer jusqu’à l’élection présidentielle et créer un halo d’incertitudes. L’optimisme demeure tout de même puisque c’est la plus forte semaine depuis six mois en termes d’émissions obligataires (29 milliards de dollars). Notons les 7,7 milliards de dollars d’émissions d’obligations convertibles qui montrent l’intérêt du produit pour les entreprises à un moment où le besoin de trésorerie et de renforcement des fonds propres se font sentir. Cela signifie tout de même que le financement des économies par les marchés est assuré.

Faut-il se réjouir pour autant à ce stade si la pandémie « semble » maîtrisée ? La réponse n’est pas aisée. Pour l’instant le rebond des économies est lent, disparate et terriblement complexe à mettre en place avec des normes sanitaires peu adaptées (notamment dans les transports collectifs). Les fractures sociales et fragmentations économiques sont exacerbées. L’once d’or reprogresse de nouveau au-dessus de 1700 dollars et le dollar se renforce (1,08).

Après le passage du coronavirus, les forts sont plus forts et les faibles sont plus faibles et c’est vrai à tous les points de vue. Il est donc normal que de nouveaux déséquilibres apparaissent qui pourraient faire vaciller les marchés financiers qui s’étaient peut-être trop vite préparés à une saison estivale plus ensoleillée.