L’évolution de la technologie ces dernières années a amené une diversification toujours plus grande des interfaces que nous utilisons couramment. Après le smartphone vint la tablette, puis la montre connectée, les télévisions ont rapidement suivi, et même nos voitures sont devenues des systèmes numériques à part entière. L’époque où l’informatique se cantonnait à un écran, un clavier et une souris connectés à une tour en plastique gris n’est plus depuis un moment. L’ordinateur s’est miniaturisé, diversifié et, surtout, s’est retiré dans le décor de nos environnements, offrant l’accès à de l’information au moment où nous en avons besoin.

Bien évidemment, cette évolution est loin d’être achevée, et il est intéressant dès lors de se demander vers quoi elle se dirige. Au-delà de la miniaturisation et de la dispersion des écrans dans l’environnement, une tendance qui est à suivre de près est la réalité augmentée. Le principe de la réalité augmentée est simple à énoncer : afficher de l’information directement sur l’environnement que l’utilisateur perçoit, afin de l’enrichir. Cela peut être une créature imaginaire dans le jeu Pokemon Go sur un smartphone, cela peut être une indication d’orientation ou de ciblage dans le cockpit d’un avion de chasse, ou des informations de maintenance superposées via une tablette sur une installation électrique pour un technicien. Cela pourrait aussi être dans le futur la mise en évidence des produits de notre liste de course directement sur les rayonnages au supermarché.

Dans les années 1960 déjà

Sur son principe, la réalité augmentée n’a rien de nouveau, le premier à en avoir dessiné les contours fut Ivan Sutherland, un chercheur du MIT dans les années 1960. La plupart des géants de la technologie s’y intéressent d’une manière ou d’une autre depuis longtemps : Facebook y travaille depuis au moins 2014. Quant à Apple, c’est un secret de polichinelle qu’ils ont dans leurs cartons des prototypes de lunettes de réalité augmentée à un stade avancé. Microsoft commercialise depuis 5 ans un casque appelé Hololens. Finalement, Google avait été le premier à dégainer, avec les Google Glass en 2013. Certains lecteurs se souviennent peut-être du grand tapage médiatique qui avait eu lieu à l’époque, suivi de… pas grand-chose.

À cela, une explication qui n’est pas réservée uniquement à la réalité augmentée. À la mention d’une nouvelle technologie, on a tendance à se focaliser sur l’objet technologique en question, en l’occurrence les lunettes, en oubliant que cet objet n’a de sens que par les tâches qu’il permet d’accomplir. C’est une des erreurs commises par Google avec ses Google Glass, qui avait proposé en 2013 un dispositif permettant de consulter ses emails, la météo ou les cours de la bourse… En oubliant que tout smartphone offrait d’ores et déjà exactement les mêmes fonctionnalités, de manière tout aussi naturelle. Depuis, Google a corrigé sa copie et propose ses Google Glass comme un dispositif d’aide à des tâches médicales ou de maintenance industrielle.

Une information utile

Plus généralement, la réalité augmentée n’a de l’intérêt que lorsqu’elle propose une information utile au bon endroit, au bon moment. Apple et Facebook, traditionnellement meilleurs connaisseurs du grand public, en sont bien conscients, et c’est sans doute pour cela qu’ils préfèrent prendre le temps d’identifier clairement quelle expérience utilisateur leurs dispositifs technologiques peuvent rencontrer avant de les lâcher dans la nature. Ceci étant dit, le fait de pouvoir enrichir directement son environnement avec des informations contextualisées représente une évolution logique et relativement réaliste de la manière dont nous interagissons avec le numérique. Pour le moment, ses instances les plus courantes passent par un smartphone ou une tablette, mais les années prochaines pourraient voir apparaître d’autres variantes, lunettes ou autres. Leur succès reposera largement sur leur capacité à offrir des usages qui répondent aux besoins et envies de leurs utilisateurs.