Une chronique signée Igor de Maack, Gérant et porte-parole de la Gestion, DNCA Investments.

La décision de la Cour de Karslruhe, qui traite des sujets de constitutionnalité allemande, de mettre à l’épreuve la BCE sur son programme d’aide sectorielle à la zone euro (PSPP) a jeté un froid dans le monde économique. L’institution monétaire a désormais trois mois pour montrer son intérêt ou se lancer dans une bataille juridique pour affirmer (ou plutôt réaffirmer) son indépendance supposée. Cet énième épisode du désir de contrôle allemand sur l’utilisation des fonds européens à destination des pays les plus fragiles rappelle la fragmentation politique, financière et économique de la zone euro. Cette pression teutonne va accroître la tension sur les taux souverains des pays les plus faibles.

On pense naturellement à l’Italie dont la taille et le poids font craindre désormais, si les pressions internes populistes étaient trop fortes, une sortie de la zone euro et donc par ricochet un risque d’éclatement de ladite zone. Étrange destinée que celle de ce continent, qui ne se déchire plus militairement depuis le 8 mai 1945, mais qui n’arrive toujours à trouver la formule d’une bonne entente pour fluidifier et fusionner les économies de chaque pays entre elles.

Les résultats des entreprises, et particulièrement ceux des banques françaises ont confirmé l’impact du coronavirus aussi sur l’activité bancaire bien que le secteur soit évidemment moins directement touché que d’autres (compagnies aériennes et tourisme par exemple). Les banques continuent d’être abhorrées par les investisseurs et reflètent des niveaux de valorisation qui pourraient induire une faillite ou l’extinction de ce secteur alors même qu’il est clé pour la reprise. La concentration de certaines valeurs (luxe) ou de certains secteurs (technologie) dans les indices actions américains et européens démontrent l’anormalité des valorisations. Lorsque qu’une telle concentration existe (aux alentours de 20%), le risque d’éclatement des bulles existe même si aujourd’hui le monde entier préfère toujours les actions américaines, le luxe, la technologie et le dollar comme bases solides de leurs investissements.

Les marchés vont entrer à partir de cette semaine dans une nouvelle phase : celle du déconfinement, celle de l’impact réel de la nouvelle norme sanitaire. La mollesse de la consommation notamment en Europe pourrait faire craindre le risque d’une reprise longue et douloureuse avec ses conséquences politiques incertaines pour le Vieux Continent déjà bien malade.