Les pays en développement occupent une place particulière dans mon cœur. J’y ai vécu, travaillé et voyagé et m’y suis fait de nombreux amis. Je suis donc, à titre personnel, profondément inquiet de constater que ces pays ne bénéficient pas d’un nombre de vaccins COVID-19 aussi élevé que les pays développés. Cela ne fait que souligner l’écart croissant des inégalités et me rappelle que tant de personnes dans le monde sont de plus en plus exclues de l’accès aux besoins de base. Lorsque je vivais au Cambodge, j’ai commencé à travailler dans la finance. J’y ai appris que l’argent a la capacité d’abaisser les barrières qui bloquent la voie du développement individuel et national. L’argent peut améliorer l’accès à la nourriture, à l’eau, à l’éducation et à l’information et aider à lutter contre la pauvreté et les inégalités. C’est la raison principale pour laquelle j’ai continué à travailler d’une manière ou d’une autre dans le secteur financier durant toute ma carrière.

L’argent doit être utilisé de manière correcte en soutenant les bonnes industries aux bons endroits. Je pense qu’il est urgent de renforcer l’accès aux énergies renouvelables dans les pays émergents.

En 2020, l’urgence au niveau mondial de trouver une réponse au coronavirus a jeté une ombre sur la nécessité de relever d’autres défis mondiaux. Bien que la lutte contre la pandémie requière encore toujours notre attention, nous devrions maintenant également réorienter d’urgence les projecteurs sur le moyen et le long terme, et intensifier nos efforts pour investir des ressources financières au service de la recherche de solutions aux menaces mondiales, telles que le changement climatique et les inégalités croissantes. Il est bien connu que la transition énergétique aide à combattre le changement climatique. Cependant, si nous n’accélérons pas suffisamment rapidement cette transition, nous risquons de menacer gravement la qualité de vie, notamment dans les pays en développement. La latitude de pratiquement l’ensemble des pays pauvres est inférieure à 30°. Donc, non seulement ces pays sont plus vulnérables aux effets physiques du changement climatique, mais, si nous n’atténuons pas les risques climatiques, l’accès aux besoins de base risque d’y devenir encore plus difficile qu’il ne l’est actuellement.

En ce qui concerne l’accès à l’énergie, nous nous trouvons à un moment crucial où certains des pays les moins avancés du monde ont la possibilité de dépasser la plupart des pays développés, du fait qu’ils sont en mesure de mettre immédiatement des solutions d’énergie renouvelable en œuvre et qu’ils peuvent produire là où ils consomment. Il n’est pas indispensable de construire des centrales électriques au charbon ni de s’appuyer sur une infrastructure de réseau, bien qu’une certaine forme de réseau soit probablement nécessaire pour produire suffisamment d’électricité afin de mener des activités économiques à plus grande échelle.

On ne peut nier l’énormité du défi. Il s’agit en réalité d’un triple défi. Premièrement, nous devons opérer dans les limites de notre budget CO² en tant que population mondiale. Deuxièmement, nous devons atteindre de meilleurs niveaux de développement. Et troisièmement, si la plupart des pays en développement n’ont pas la puissance financière requise pour faire démarrer immédiatement la transition énergétique par eux-mêmes, ils peuvent, en revanche, mener des politiques pour attirer les investissements directs étrangers, ce qui signifie que les investissements dans les énergies renouvelables dans les pays émergents peuvent cocher les trois cases.

La bonne nouvelle, c’est que le changement climatique et les investissements climatiques ont beaucoup retenu l’attention ces dernières années. Dans son rapport intitulé 2021 Impact Fund Universe Report, Phenix Capital Group déclare que les énergies renouvelables et le changement climatique ont représenté en 2020 environ un tiers de tous les investissements et 40 % des nouveaux engagements financiers. Toutefois, ne nous contentons pas d’observer ces chiffres, l’arbre pouvant cacher la forêt. En effet, la plupart des investisseurs évitent encore les marchés émergents. Pendant une crise, on observe souvent une fuite en avant vers la sécurité en dehors des marchés émergents et vers le dollar, et c’est ce qui s’est passé une nouvelle fois lors de la crise du coronavirus. Malheureusement, ce comportement a tendance à être motivé par la perception qu’ont les investisseurs du haut degré de risques de ces pays. Et précisément, ce n’est qu’une perception. Tout investissement comporte des risques, mais, en l’occurrence, ceux-ci sont inférieurs à ce que les investisseurs perçoivent. Il est vrai que les actions et obligations cotées en bourse des marchés émergents peuvent être assez volatiles, et que du côté obligataire, il peut y avoir des défauts de paiement relativement conséquents. Mais, si l’on en croit nos résultats et ceux de toutes les institutions financières de développement, il en va tout autrement pour ce qui concerne les dettes seniors relatives à des projets énergétiques.

Les actifs dans le secteur des énergies renouvelables ont tendance à rester stables en période de crise. Ils continuent de produire de l’électricité, qui continue d’être consommée et la plupart des pays ont un accès préférentiel au réseau. C’est un profil impact-risque-rendement très intéressant, mais, pour réussir, vous devez avoir une connaissance approfondie du secteur et comprendre les pays concernés. D’après mon expérience, il est également utile de conclure des partenariats avec des promoteurs de confiance et des investisseurs partageant les mêmes idées. Lorsque vous choisissez les bons opérateurs et que vous les structurez de la bonne manière, les taux de défaut réels se situent à un niveau totalement différent de celui de la dette des entreprises dans ces pays.

Investir dans les énergies renouvelables dans les pays émergents permet non seulement de lutter contre le changement climatique, mais également de combattre la pauvreté, de réduire les inégalités et de créer de nouveaux types d’activités et d’emplois. Il est maintenant temps de réorienter l’attention que nous portons sur les réponses à court terme au coronavirus et de mettre en lumière l’opportunité et la stabilité qui peuvent être créées en investissant dans les énergies renouvelables et d’autres solutions ODD dans les pays émergents. Je lance de toute urgence un appel aux investisseurs partageant les mêmes idées à explorer ces opportunités.