Les entreprises wallonnes (toutes les entreprises belges d’ailleurs !) ont besoin d’un gouvernement fédéral, et vite ! 

À peine entrée en fonction, la Première Ministre Sophie Wilmès l’a rappelé avec insistance : il y a urgence. Il est grand temps de sortir de ce qui est déjà la deuxième plus longue crise de l’histoire du pays. Et ceci est vrai pour tous les grands défis, très justement traduits par le nouveau Gouvernement wallon au sein de sa déclaration de politique régionale par un plan de triple transition : sociale, économique et environnementale.

– Chronique signée Olivier de Wasseige, Administrateur délégué de l'Union Wallonne des Entreprises (UWE) 

L’UWE appelle tous les partis du pays à se parler, à dialoguer, à être constructifs, et à faire les concessions nécessaires, afin d’aboutir à une coalition majoritaire dont le programme commun proposera un budget rigoureux et suffisamment ambitieux pour faire face au contexte économique moins favorable qui semble s’annoncer pour les prochains mois.

L’indifférence de certains face à l’absence de gouvernement fédéral est souvent justifiée par le fait que lors de la précédente crise, il y a cinq ans, la situation socio-économique n’avait que peu souffert de la vacance de pouvoir. Le contexte actuel est très différent : la situation politique est bien plus préoccupante aujourd’hui, car le Gouvernement fédéral en affaires courantes n’a pas (et de loin) de majorité au parlement. Sa capacité d’action est donc particulièrement réduite. Et ce n’est pas avec une configuration pareille qu’il sera possible de répondre aux nombreuses urgences et inquiétudes actuelles.

Première urgence donc : former un gouvernement fédéral pour construire un budget et arrêter les dérapages. Sur base d’une projection à politique inchangée, le Gouvernement fédéral a informé la Commission européenne que le déficit public belge serait de 2,26%. Ajoutez-y les déficits régionaux annoncés (600 millions d’euros pour la Flandre, 700 millions d’euros pour la Fédération Wallonie Bruxelles - sans compter le problème identifié pour le financement de l’enseignement - et 400 millions d’euros pour la Wallonie), au total, en 2020, l’ensemble des pouvoirs publics en Belgique risque de dépenser 5% de plus que leurs recettes. En conclusion : malgré des investissements qui ne pourront se justifier qu’à la seule condition d’un retour positif en termes de création réelle de valeur et d’emplois, les dérapages budgétaires générés aujourd’hui constitueront de l’endettement supplémentaire demain (à la charge des générations qui nous suivent), et de probables hausses d’impôts après-demain. Tout ceci handicape l’activité économique et le potentiel de croissance (et ce même à court terme, via les anticipations des agents économiques).

Deuxième urgence : gérer les défis internationaux majeurs à court ou moyen termes. D’abord le Brexit, dont la date butoir, reportée au 31 janvier 2020, vaut certes mieux qu’un « no-deal » mais prolonge l’incertitude et freine les investissements et les actions commerciales des entreprises, en perturbant leur stratégie commerciale et leur processus de production. Ensuite le ralentissement de l’économie mondiale (rappelons que le FMI a revu ses perspectives à la baisse), qui nécessite qu’un Gouvernement fédéral de plein exercice et majoritaire travaille à améliorer la compétitivité des entreprises belges. On voit que le tax-shift a eu des effets positifs sur les créations d’emplois, il faut continuer dans cette voie, car le handicap salarial absolu reste important par rapport aux pays voisins. N’oublions pas le défi climatique et environnemental, car des investissements devront être faits dans ce domaine, et une politique cohérente et concertée entre le Fédéral et les Régions est indispensable. À noter aussi que la mobilité étant également une compétence partagée, le nouveau gouvernement fédéral devra se coordonner rapidement avec les Régions pour définir un plan d’action ambitieux fluidifiant le trafic et optimisant le transport multimodal (rappelons que la « mauvaise » mobilité belge est un facteur négatif dans les décisions d’implantation des investisseurs étrangers).

Dernière urgence, et non des moindres : le contexte socio-économique de la Wallonie. Le Gouvernement wallon propose un programme ambitieux de soutien aux entreprises et de création d’emplois (les entreprises y croient et en seront un partenaire loyal). Mais ce programme sera évidemment influencé par la conjoncture. Hélas, les perspectives annoncées de croissance du PIB et de l’emploi sont quelque peu retombées dans les différentes analyses et projections pour 2020 (voire les années suivantes selon le Bureau fédéral du Plan). Ceci pourrait avoir des conséquences néfastes sur le taux de croissance et la création nette d’emplois, avec rattrapage difficile sur le reste de la législature. Deux voies pour remédier à cette baisse conjoncturelle : travailler à un cadre plus propice aux entreprises wallonnes (notamment baisser le coût du travail), et favoriser l’augmentation du taux d’emploi par une augmentation du "net poche" des bas salaires (réformer l’impôt des personnes physiques, ce qui se traduira par une diminution du précompte professionnel). Ces deux mesures fiscales sont des compétences fédérales, et démontrent, tout comme la gestion du budget (et de la dette) et la réponse aux défis internationaux, que la Wallonie a bien besoin, pour atteindre ses ambitions, d’un gouvernement fédéral, et vite !