Hourra ! La fin de cette terrible année 2020 arrive enfin. Une nouvelle année plus réjouissante nous attend, avec une économie mondiale en passe de rebondir, portée par un regain de confiance et un contexte politique de plus en plus favorable. Tels sont les ingrédients pour que les actions européennes et internationales prolongent l'humeur joviale des fêtes en 2021.

Aussi terrible que fût l'année 2020, cela n'a pas empêché les actions de faire étalage de leur résistance. Au moment où nous écrivons ces lignes, les actions mondiales sont en hausse de 4,7 % en 2020 et la modeste performance positive que nous avions pronostiquée il y a un an est en passe de se réaliser. Évidemment, nous n’avions pas anticipé la pandémie de Covid-19 avec son cocktail unique dans l'histoire de confinements, d'implosion économique et de plongeons historiquement rapides des marchés. Cependant, on ne doit déserter les marchés actions que si l'on prévoit un immense choc que les autres ne voient pas arriver. Ceux qui ont appliqué froidement cette règle ont profité pleinement du rebond spectaculaire des marchés actions.

Cette règle est, en effet, plus que jamais d'actualité. Les marchés baissiers sont imputables à deux grands types d'événements : soit une gifle, autrement dit un immense choc imprévu qui ampute le PIB de milliers de milliards d'euros comme ce fut le cas lors des confinements ; soit un vent d'euphorie qui gonfle les attentes jusqu'à des niveaux inaccessibles.

Une vision à long terme

Or, nous n’observons ni l'un ni l'autre en ce moment même. Il est vrai que la recrudescence des cas de Covid-19 cet automne a abouti à des reconfinements, comme en Belgique avec son cortège de fermetures d'entreprises, de couvre-feux et de limitation des « contacts sociaux ». Mais il ne s'agit pas d'une gifle. Dans l'ensemble, des confinements moins stricts ont permis à l'activité manufacturière de la zone euro de poursuivre son expansion en novembre. Les entreprises de services ont eu le temps d'adapter leur modèle d'affaires alternatif — le secteur de la restauration a résolument mis le cap sur la vente à emporter et les commerçants se sont convertis à la vente sur Internet — ce qui leur a permis de limiter les pertes cet automne par rapport au printemps dernier. De plus, tout le monde ou presque s'attendait au rétablissement de certaines mesures de restriction, ce qui a limité l'effet de surprise. Les marchés aussi l'avaient anticipé et se sont projetés bien au-delà, comme ils le font toujours après un mouvement de panique, vers un avenir où la pandémie de Covid-19 appartiendra au passé. Les nouvelles mesures plus strictes instaurées dans des pays comme l'Allemagne et les Pays-Bas dans l'optique des fêtes de fin d'année pourraient entraîner une rechute plus nette de l'économie à court terme. Mais à mesure que l’année 2021 progressera, l'activité économique devrait se normaliser alors que les vaccins contre le Covid-19 seront déployés.

De l'économique au politique

Sur le plan politique, il est peu probable que nous assistions à des surprises. Les élections aux États-Unis ont abouti à une majorité historiquement courte au Congrès. Cette situation de paralysie politique précoce est assez inhabituelle en début de mandat pour un nouveau président. Cela empêche l'adoption de lois radicales, dissipe l'incertitude... et donne un coup de pouce aux marchés actions. 

En temps normal, les présidents lancent de grandes réformes en début de mandat, lorsque leur capital politique est au plus haut. Cela explique en partie pourquoi depuis 1925 (le point de départ des données fiables), les actions américaines ont grimpé dans 58 % des cas lors de la première année de mandat et dans 63 % des cas au cours de la deuxième, ce qui est inférieur à la fréquence des gains qui est, elle, de 73,7 %. Les élections législatives de mi-mandat favorisent généralement l'opposition, ce qui ne fait qu'accentuer le contexte de paralysie politique. Résultat : on observe que les actions progressent dans 92 % des cas au cours de la troisième année de mandat et dans 83 % des cas lors de la quatrième année, avec des performances médianes plus élevées (+22,6 % et 12,0 %, respectivement). Toutefois, les résultats plus serrés que prévu des élections impliquent une situation de paralysie dès 2021. Les marchés internationaux, qui sont étroitement corrélés, se réjouissent de cette situation. Les actions américaines sont en hausse de 10,9 % (en USD) depuis le 3 novembre, jour des élections. Les actions de la zone euro ont bondi de 14,9 % en EUR. Et la fête devrait se prolonger.

La coalition Vivaldi formée il y a peu en Belgique devrait être tout aussi peu entreprenante en 2021. En effet, le Premier ministre Alexander De Croo est à la tête d'un fragile édifice de sept partis que le Vlaams Belang et la N-VA feront tout pour renverser. D'autres grands pays d'Europe sont dirigés par des gouvernements tout aussi désarmés. Aux Pays-Bas, les sondages suggèrent que les législatives du mois de mars aboutiront à une situation de paralysie politique, avec un gouvernement difficile à manœuvrer. En Allemagne, la « Grande coalition » formée par les démocrates-chrétiens et les sociaux-démocrates est chancelante à l'approche des législatives du mois de septembre. La CSU peine à trouver un candidat populaire pour remplacer Angela Merkel et le SPD est miné par les divisions internes. Quid du Parlement européen ? Il connaît lui aussi une situation de paralysie, depuis les élections de 2019, qui est appelée à perdurer jusqu'en 2024. La situation est donc idéale pour les investisseurs en actions.

Euphorie des marchés

Les marchés sont gagnés par l'optimisme sans que l'on puisse parler pour autant d'exubérance. Fisher Investments surveille pas moins de 19 indicateurs pour évaluer l'humeur des marchés. Six d'entre eux signalent une euphorie. C'est notamment le cas de la performance des introductions en bourse, une poignée d'entreprises très en vogue ayant vu leur capitalisation boursière s'envoler après leur admission à la cote en ce mois de décembre. Il convient cependant de noter que si le volume des introductions en bourse aux États-Unis est au plus haut depuis la bulle Internet, ce n'est pas le cas ailleurs dans le monde où ces volumes restent nettement inférieurs à ceux observés à la veille des marchés baissiers de 2000/2003 et 2007/2009. 13 autres indicateurs mettent en évidence un optimisme mesuré, du scepticisme, ou du pessimisme chez les investisseurs. Toutefois, lorsqu'un regain de confiance intervient, il se prolonge généralement pendant au moins neuf mois. Cela suggère que l'euphorie pourrait s'emparer des marchés vers la fin 2021, et cela ne veut pas dire pour autant qu'il faudra vendre immédiatement. En général, l'euphorie dure un bon moment avant que les actions n'amorcent une courbe rentrante, comme ce fut le cas en 1999. Alors, peut-être que 2022 sera une mauvaise année.

Mais ne vous tracassez pas dès aujourd'hui pour ce qui pourrait arriver en 2022. Profitez plutôt de l'inertie des politiques en 2021 et de la normalisation de l'activité économique, qui devraient faire grimper les cours des actions en Europe et dans le reste du monde.