Le Président Biden a annoncé fin mars un plan d’investissement ambitieux qui doit dorénavant être négocié avec le Congrès américain. Ce plan de 2250 milliards de dollars d’investissement sur huit ans est plus qu’un "plan d’infrastructures" et d’ailleurs s’intitule officiellement "The American Jobs Plan" (1). Pensé dans le contexte d’une forte rivalité stratégique avec la Chine, il comprend un volet industriel important. Fidèle au programme de Joe Biden, il comporte également un volet social significatif.

Le programme d’investissement annoncé le 31 mars dernier est composé de quatre grands postes de dépenses. Le premier pour un montant de 620 milliards de dollars porte sur les transports. Il s’agit certes de rénover les infrastructures américaines après des années de sous-investissement (routes, ponts, transports en commun) mais aussi de développer le véhicule électrique avec par exemple le quadrillage du territoire par des bornes de recharge. 

Le second volet de ce plan porte sur l’amélioration des lieux de vie (eau, services internet haut débit, énergie renouvelable, efficacité énergétique…) pour un montant total de 650 milliards de dollars. Le troisième budget à hauteur de 580 milliards de dollars est tourné vers l’industrie américaine (semi-conducteurs par exemple, recherche, transition énergétique, formation…) et enfin le quatrième axe de dépenses est constitué d’une enveloppe de 400 milliards de dollars à destination des plus âgés et des plus vulnérables (logements, hôpitaux, écoles, crèches…).

Hausse de l'imposition des entreprises

Le financement sera assuré essentiellement par une augmentation du taux d’imposition des entreprises qui devrait passer de 21 à 28 %, sachant que le taux d’imposition minimal des activités à l’international passerait de 13 % à 21 %. Cette hausse d’impôt n’est pas du goût des Républicains qui promettent de batailler ferme au Congrès sur ce sujet.

Que retenir de ces annonces de l’administration Biden, au-delà du poids donné aux infrastructures et à la transition énergétique ?

Tout d’abord le retour du "big government" se confirme, les plans de dépense s’enchaînant les uns après les autres. A ce stade, les marchés s’inquiètent peu de cette hausse de la dépense publique mais ne changeront-ils pas un jour de perspective à ce sujet ?

Répondre à la Chine

Ensuite il faut garder en tête que la conception de ce plan vise en partie à répondre aux ambitions chinoises. Le discours de Biden a confirmé cette obsession américaine de se voir un jour dépassé par l’Empire du Milieu et le volet industriel du plan est là pour tenter de reprendre l’avantage face à la dynamique chinoise. Le protectionnisme est d’ailleurs très marqué puisque le président américain a précisé que les contrats devront aller "à des entreprises américaines avec des travailleurs américains" (2).

La troisième idée que l’on peut retenir est l’importance du volet social. Biden s’inscrit en effet dans la lignée du "new deal" du président Roosevelt et veut rentrer dans l’histoire comme un président qui aura remodelé la société américaine en réduisant les inégalités. Enfin le quatrième point notable est l’absence de créativité fiscale "carbone" : là où l’Europe va financer son plan de relance par la taxe carbone, les Etats-Unis utilisent un outil fiscal plus classique.

La bataille va faire rage au Congrès et l’on ne sait à ce jour ce qui ressortira exactement des négociations à venir, d’autant plus que selon les mesures, le nombre de sénateurs à se réunir n’est pas le même. La bonne tenue de la popularité de Joe Biden pourrait l’aider. Les sondages lui donnent en moyenne 53.1 % d’opinions favorables au 7 avril (3).

(1) Biden Announces Infrastructure Plan - Bloomberg Business, 31 mars 2021

(2) Contracts will go to companies with “American products all the way down the line and American workers.” (Bloomberg, 31 mars 2021)

(3) How Popular Is Joe Biden? | FiveThirtyEight