Quitter Twitter ? Plus facile à dire qu'à faire...

Depuis l'annonce du rachat prochain de Twitter par Elon Musk lundi, nombre d'utilisateurs jurent qu'ils vont quitter le réseau social.

Quitter Twitter ? Plus facile à dire qu'à faire...
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La Libre Eco avec AFP

Quitter Twitter: c'est ce qu'assurent vouloir faire certains utilisateurs effrayés par la prise de contrôle annoncée d'Elon Musk. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire puisque ce réseau social influent leur offre une audience mondiale incomparable.

Quitter Twitter, vraiment ?

Depuis l'annonce du rachat prochain de Twitter par Elon Musk lundi, nombre d'utilisateurs jurent qu'ils vont quitter le réseau social. En cause, la volonté affichée par le fantasque milliardaire d'y libérer la parole, au nom de la liberté d'expression.

"Ca va devenir un espace encore plus anarchique, haineux, xénophobe, sectaire et misogyne", a twitté l'actrice et militante féministe Jameela Jamil (un million d'abonnés).

Ces promesses de départ sont illustrées par des hashtags (mots-clés) devenus viraux mardi, comme #LeaveTwitter (#QuitterTwitter).

Mais beaucoup d'autres utilisateurs sont sceptiques.

"Les gens qui disent qu'ils quittent Twitter en Inde parce qu'Elon Musk l'a acheté, ce sont les mêmes qui disaient qu'ils quitteraient l'Inde si Narendra Modi devenait Premier ministre? C'est arrivé deux fois. Et ils ne l'ont JAMAIS fait!", a twitté l'écrivaine et éditorialiste indienne Shefali Vaidya (665.000 abonnés).

Mi-avril, le journaliste français Nicolas Hénin (52.000 abonnés) avait promis qu'il quitterait la plateforme si Musk la rachetait.

"Je n'ai pas encore pris ma décision de façon ferme", nuance-t-il mardi auprès de l'AFP, en expliquant être freiné par deux choses: "D'une part le fait de donner l'impression de déserter, et d'autre part l'absence d'alternative".

Où aller ?

De fait, aucune plateforme ne peut aujourd'hui rivaliser avec celle à l'oiseau bleu.

"Ce qui fait Twitter, c'est la communauté, c'est ses 436 millions d'utilisateurs", dit à l'AFP Leïla Mörch, coordinatrice du projet de recherche Content Policy and Society Lab à l'université américaine de Stanford.

En termes de popularité, c'est l'application de discussion Discord (300 millions de comptes) qui s'approche le plus de Twitter. Elle rassemble des communautés en ligne mais, contrairement à Twitter, n'est pas une plateforme ouverte: chaque espace nécessite une invitation.

Lancé en 2016, Mastodon est un clone de Twitter, sans publicité et dont le code est ouvert, mais son serveur principal est beaucoup plus petit puisqu'il compte seulement 670.000 inscrits.

D'autres plateformes comme Gettr, Parler ou The Truth Social ont aussi copié l'original. Prisées voire fondées par des proches de l'ancien président des Etats-Unis Donald Trump, banni de Twitter en janvier 2021 pour incitation à la violence, ces alternatives sont considérées comme les "Twitter de droite".

Les conservateurs américains ont d'ailleurs applaudi les projets de Musk pour Twitter.

Enfin, le réseau social Tumblr, créé en 2007 mais tombé en désuétude, pourrait aussi devenir un refuge pour les déçus de Twitter.

Qui est sur Twitter ?

"Twitter attire le monde médiatique, un ensemble de journalistes et de people, le monde des décideurs politiques et économiques", ainsi qu'une "couche d'influenceurs", explique à l'AFP Dominique Boullier, professeur des universités en sociologie à Sciences Po Paris.

Ces "relais d'opinion" ne représentent qu'une minorité des utilisateurs, selon le spécialiste, mais ce sont eux qui "drainent le grand public" et "génèrent de la viralité".

L'objectif de Musk, poursuit M. Boullier, est de faire de Twitter "un média de masse" en récupérant "un public friand de news choquantes, contradictoires et alternatives" moins présent depuis le bannissement de Donald Trump.

Quelle liberté d'expression ?

Pour Leïla Mörch, la prise de contrôle contestée de Musk sur Twitter a au moins un mérite: "Les gens se rendent compte que la modération, c'est de la politique, et que ça pose des questions de société".

"Quel que soit le nouvel actionnariat, Twitter devra désormais s'adapter totalement aux règles européennes", a averti mardi le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton.

Une allusion au nouveau règlement européen sur les services numériques, le Digital Services Act (DSA), qui va contraindre les plateformes à mieux lutter contre les contenus illégaux.

Mais, pour Leïla Mörch, la question est plus vaste: "La modération donne des outils, mais c'est un débat sur la liberté d'expression qu'il faut avoir: qu'est-ce qu'on veut voir en ligne ou pas ?".

La chercheuse fait l'analogie avec la manière dont ont été juridiquement définies les agressions sexuelles dans la vie réelle: "Ca a été des années de recherche, de mise en place de règles et, aujourd'hui, les gens sont d'accord. Or, on n'a pas fait ça en ligne, dire: 'C'est quoi la liberté d'expression ? C'est quoi la limite?'".

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