Chirurgie ou psychiatrie, le métavers ouvre le champ des possibles

Le métavers suscite beaucoup d’interrogations mais cette technologie ouvre largement le champ des possibles, dans le milieu médical aussi. Interview de Frédéric Thomas, spécialiste des questions de santé au cabinet de conseil Roland Berger.

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Le metavers offre plusieurs applications, notamment dans le milieu médical. ©Jean Luc Flemal

Le métavers pourrait ouvrir le champ à toutes sortes d’applications en santé, estime Frédéric Thomas, spécialiste des questions de santé au cabinet de conseil Roland Berger, même s’il reste nombre de limites.

On parle de réalité virtuelle, d’applis en ligne, mais en quoi le métavers est-il différent ?

Le métavers a plusieurs caractéristiques : d’abord, c’est un univers qui va persister même quand je ne suis pas connecté. Ensuite, c’est un univers ouvert, à priori sans barrière, il faut juste un ordinateur et un casque de réalité virtuelle. Il est aussi, entre autres caractéristiques, immersif. Et, on y a un avatar. Or, la plupart des applis en ligne, ou la réalité virtuelle, ne présentent que quelques-unes de ces caractéristiques pour le moment.

Le métavers pose par ailleurs beaucoup de questions sur les inégalités d’accès entre les différentes catégories de population : déjà aujourd’hui, on s’aperçoit dans les sondages que tout le monde ne sait pas de quoi il s’agit, et que parmi ceux qui savent ce que c’est, la plupart sont des jeunes hommes.

Le métavers pose donc la question de l’exclusion. Il faut l’amener vers le grand public. Pour l’instant, c’est un rêve qui oriente les actions d’un certain nombre d’acteurs et d’investisseurs, et qui ne va peut-être pas se produire exactement comme on le décrit aujourd’hui.

Il génère un fort intérêt des investisseurs justement : quels sont les principaux acteurs ?

Ce sont les acteurs du web principalement (Meta, Microsoft, ndlr) qui sont en quelque sorte pas loin d’arriver à la limite de ce qu’ils peuvent faire dans l’infrastructure actuelle : il leur faut changer d’échelle car sinon la croissance ne sera plus au rendez-vous. Ces acteurs doivent trouver des espaces vierges à coloniser pour générer une forte croissance. On est bien dans la logique du Far West, où les acteurs repoussent plus loin les limites de l’univers. Il y a déjà des dizaines de milliards d’investissement à travers le monde.

Au-delà de ses limites, comme l’inégalité d’accès, peut-il apporter quelque chose à la santé ?

On peut imaginer tous types de choses. Par exemple, vous pourriez avoir un "jumeau numérique". Cela permettrait aux laboratoires de pouvoir travailler non pas sur vous, mais sur votre avatar, qui serait un clone de vous-même, dans un univers parallèle, via la modélisation mathématique. On pourrait détecter un cancer du sein sur votre avatar, par exemple si vous (et l’avatar) avez telle mutation génétique favorisant ce type de tumeur.

Dans la santé, des choses intéressantes pourront être faites, en psychiatrie, ou dans la mise en place de programmes pour le suivi des patients. Il y a aussi le sujet de la formation et de l’apprentissage, à la fois pour les soignants et pour les patients. Peut-on former les chirurgiens plus rapidement en passant par la réalité virtuelle ? Tout cela pose de nombreuses questions.