Le choix de Proximus pour le Finlandais Nokia et le Suédois Ericsson pour le renouvellement de leur réseau existant et pour le déploiement de la 5G est l'aboutissement d'un processus objectif sur base de certains critères de sélection, a insisté vendredi matin son CEO Guillaume Boutin. "Et aucunement sur base d'autres critères", a-t-il assuré, répondant à la question d'une éventuelle pression des autorités pour délaisser son partenaire actuel Huawei. La recommandation des autorités aux opérateurs télécoms belges de ne pas s'associer à des fournisseurs à haut risque - sans jamais citer nommément des acteurs chinois comme Huawei ou ZTE - pour l'infrastructure critique n'a donc pas joué dans le processus de sélection de Proximus, affirme son patron. Les Etats-Unis et d'autres pays soupçonnent en effet Huawei d'espionnage au profit de Pékin, ce que le géant technologique a toujours contesté.

Pendant longtemps, Proximus a défendu ouvertement son fournisseur. L'année dernière encore, l'opérateur avait souligné qu'il n'y avait aucune preuve de danger concret, que Huawei était plus en avance en termes de technologie par rapport aux acteurs européens et que l'entreprise offrait également de meilleurs prix.

Mais, fin juin, le Conseil national de sécurité a finalement décidé d'imposer des "conditions de sécurité strictes" aux futures infrastructures critiques 5G afin de "prévenir toute utilisation indésirable". En limitant l'accès à un certain nombre de composants de l'infrastructure 5G (antennes, noyau, etc.), les autorités souhaitent en améliorer la protection. Bien que le gouvernement n'a jamais mentionné le nom de Huawei, la mesure semblait être principalement dirigée contre les équipementiers chinois.

Le patron de Proximus a eu quelques mots pour son fournisseur actuel. "Huawei a été un vrai bon partenaire ces dernières années et le restera encore pendant quelques-unes", a-t-il ainsi commenté.

Le CEO souligne que la procédure de sélection a été "extrêmement concurrentielle". Le choix final s'appuie sur des critères technologiques, opérationnels, financiers et environnementaux, liste-t-il.

Selon Proximus, les contrats avec Nokia et Ericsson sont notamment plus avantageux que ce que l'opérateur avait anticipé. Ils devraient d'ailleurs permettre une économie cumulée de jusqu'à 80 millions d'euros par rapport à l'investissement financier projeté dans les trois prochaines années, et ce malgré un déploiement plus ambitieux qu'initialement prévu, pointe encore Guillaume Boutin.

Pour Geert Standaert, directeur technologique chez Proximus, ces coûts inférieurs sont dus à la compétitivité entre les différents fournisseurs lors du processus d'appel d'offres. "En raison de l'intérêt extrême que suscite notre partenariat, nous avons pu obtenir un résultat extrêmement positif."

Mais l'entreprise "se doit de respecter les guidances européenne et nationale en matière de cybersécurité", a cependant ajouté son CEO. Et le choix final pour Ericsson et Nokia, au détriment du géant technologique chinois, rencontre précisément ces demandes, a relevé Guillaume Boutin.

Il se dit satisfait de la confiance placée en des acteurs européens. "Nous avons choisi les meilleurs", résume-t-il.

Orange a également annoncé vendredi matin avoir opté pour Nokia afin de moderniser son réseau. Les deux opérateurs ont décidé l'année dernière de créer une co-entreprise pour partager leurs réseaux d'accès radio afin d'offrir une meilleure couverture et de déployer la 5G plus rapidement et plus largement.

Que ces entreprises optent toutes deux pour Nokia pour leurs réseaux d'accès ne s'est pas produit de concert, assure encore Guillaume Boutin. "La décision de choisir Nokia et Ericsson est vraiment une décision de Proximus." "Ce n'est pas parce que nous partageons une partie de notre réseau mobile avec Orange que les opérateurs n'ont pas la possibilité de se différencier et de créer une expérience différente pour le client", explique-t-il.

On ignore encore quand Proximus déploiera pleinement la 5G en Belgique. Geert Standaert assure toutefois que l'opérateur sera le premier à le faire. "Nous avons toujours été les plus innovants et nous le serons encore", se vante le directeur technologique. "Si les autres pensent que nous irons un peu plus vite, alors nous irons encore plus vite.

En mars, Proximus avait lancé, en primeur, une "5G Light" dans plusieurs zones du pays avec l'équipement existant de Huawei. Cette technologie est désormais disponible sur 110 sites, dans 62 villes et communes, principalement en Flandre. Une nouvelle extension est prévue dans les mois à venir.