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La réalité virtuelle, c'était la star du dernier CES (Consumer Electronics Show), le salon des nouveautés technologiques de Las Vegas. Si on l'attend avec impatience dans des domaines tels que le jeu vidéo, le divertissement ou encore la domotique, elle intéresse aussi les professionnels de la santé, notamment pour soigner ou apprendre à maitriser ses plus grandes peurs. De nombreuses start-up ou hôpitaux américains ont déjà commencé à traiter les phobies de leur patients grâce à la réalité virtuelle, mais qu'en est-il en Belgique ?

L'hôpital Vincent Van Gogh, situé à Marchienne-au-Pont, près de Charleroi, applique déjà cette méthode et est un des rares à le faire en Belgique même si des centres de recherches existent, comme le Virtual Reality Medical Institute (Bruxelles).

Le patient suit une thérapie par exposition, le but étant qu'il soit confronté à sa phobie et qu'il apprenne progressivement à l'apprivoiser et l'atténuer. Noël Schepers, psychologue et responsable du centre de réalité virtuelle de l'hôpital nous explique : « Certaines phobies comme la peur de l'avion, la peur de la voiture ne peuvent être appréhendées progressivement. Quand on veut se confronter à la peur de la voiture, soit on est sur la route, soit on n'y est pas. C'est là que la réalité virtuelle est utile ».

Des taux de réussite de 80 à 90 %

Les séances se font toujours sous la surveillance d'un thérapeute. La personne souffrant de phobie enfile donc un casque de réalité virtuelle et se retrouve plongée dans l'environnement visuel et sonore adapté à sa peur. Il peut alors apprendre, pas à pas, à la maîtriser. Si la personne est arachnophobe, elle se retrouvera donc nez à nez avec des araignées. Le psychologue est là pour l'aider à y faire face. « Si on ne combat pas une phobie, elle ne disparaîtra pas et, au contraire, pourrait se magnifier » explique Noël Schepers.

Bien que novatrice, ce type de méthode présente des taux de réussite de 80 à 90 %. Ils sont semblables à ceux d'une thérapie par exposition classique. « Le nombre de séances est quasi semblable à celui d'une méthode classique. Les acquis, eux, se maintiennent. On voit bien qu'il n'y a presque pas de taux de rechute après 6 mois ou un an », déclare le médecin.

Pour le psychologue, l'avantage de la réalité virtuelle réside dans le fait que ce soit plus facile pour le patient de s'engager dans la thérapie : « Cela se fait dans un lieu sécurisé et non pas en pleine ville (pour la phobie de la voiture) et il y a quelque chose d'assez ludique dans le fait d'utiliser un simulateur de conduite ».

Demain, il faudra compter sur la réalité virtuelle

« J'ai beaucoup de contact avec mes collègues qui me demandent de pouvoir venir voir ce qu'on fait, ici, avec la réalité virtuelle », nous confie Noël Schepers. Cela montre bien que les acteurs du monde de la médecine s'intéressent à ce nouveau type de thérapie. De plus des environnements virtuels propres au domaine médical commencent à se développer : « Le centre de l'Université de Québec en Outaouais, près d'Ottawa, a créé des environnements pensés par des psys pour des psys. Avant, on utilisait des jeux vidéo remaniés mais ce n'était pas vraiment adapté à la clinique » déclare le psychologue.

Mais la réalité virtuelle et la réalité augmentée, qui consiste à placer virtuellement des objets dans un environnement bien réel, ne s'arrêtent pas au traitement des phobies. Les usages sont multiples dans le domaine de la médecine. La réalité augmentée est déjà utilisée afin d'aider un patient à gérer des douleurs fantômes (des douleurs ressenties sur un membre amputé). « Le patient a l'impression de retrouver son membre manquant, il peut associer la douleur à celui-ci et peut donc apprendre à mieux maîtriser ses souffrances » explique Noël Schepers.

La réalité virtuelle peut également aider des victimes d'accidents cardio-vasculaires ou des personnes âgées qui ont des difficultés à réaliser des petites choses de la vie quotidienne ou à trouver leur chemin dans une ville. Grâce au même principe que celui utilisé pour la gestion des phobies, il est possible d'aider ces personnes.

Sans parler des usages dans l’entraînement et la formation des chirurgiens, sur des corps virtuels, dans le cadre d'une opération compliquée. La réalité virtuelle semble donc promise à un bel avenir !