Digital

Un texte de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et venture partner pour LeanSquare, professeur invité à l’UCL et à l’UNamur.


J’ai récemment partagé sur les réseaux sociaux une infographie qui est quasi un "marronnier", un sujet bateau et récurrent dans le milieu start-up : "Get out of your comfort zone", "sortez de votre zone de confort". C’est devenu une réflexion tellement entendue, qu’elle en a sans doute émoussé son pouvoir de correctement réveiller les gens.

© Twitter

Ce graphique va un peu plus loin : autour de la zone de confort, de l’habitude, on voit qu’il y a une zone de crainte (je dirais d’inconfort), où l’on rencontre le manque de confiance, la tendance à chercher des excuses, la crainte de l’opinion des autres, etc.

Une fois que l’on arrive à franchir cette zone d’inconfort, on se retrouve dans une zone d’apprentissage : on acquiert de nouveaux talents, on apprend à faire face aux challenges et problèmes, et au final on étend sa zone de confort.

Un autre coach, que j’estime et apprécie, a pris ce graphe à partie : "Mais arrêtez !". Selon lui, il faudrait arrêter de tenir ce discours "sortez de votre zone de confort" aux entrepreneurs et startups. Mais parler directement "d’élargir sa zone de confort".

Si c’est pour réaliser que chaque individu peut avoir des besoins individuels d’accompagnement et de coaching, et peut avoir envie d’être "poussé" de façon différente, je peux être d’accord.

Par contre, en règle générale, mon expérience est qu’il est plutôt contre-productif de vouloir à tout prix adoucir la moindre aspérité ou difficulté de la vie, en particulier pour un entrepreneur. J’ai été habitué à certains coaches et mentors américains (Adeo Ressi ou Dave Mc Clure), qui ont un style plutôt radical ("your idea is sh*tty !"), en argumentant que la réalité du marché est encore plus radicale ou difficile…

Une des grandes leçons de l’existence, que je retrouve de Bouddha (dukkha) à Scott Peck (life is difficult), en passant par Joseph Campbell (la quête du héros) c’est celle de la difficulté inhérente à la vie, et que grandir, c’est la transcender.

Et je pense que cette capacité à traverser une zone d’inconfort est aussi ce qui se retrouve : chez un bébé qui apprend à marcher, chez un ado qui apprend à draguer, chez un étudiant qui arrive sur le marché, … chez un entrepreneur qui apprend à pitcher, et qui se retrouve pour la première fois sur une scène.

Alors oui, bien sûr, au final, on a agrandi sa zone de confort (encore que : certains gardent leur trac toute leur vie). Mais on n’a pu le faire que parce qu’on a accepté de se mettre en marche (sortir d’une zone de confort et d’habitude), de traverser de l’inconfort, de surmonter ses craintes. Un entrepreneur accueille les problèmes, sans les minimiser, parce qu’ils sont les moyens de sa croissance.

R.

roald@roald.com