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Un texte de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et venture partner pour LeanSquare, professeur invité à l’UCL et à l’UNamur.

La question la finalité, ou du « pourquoi / pour quoi » est de plus en plus présente, dans les démarches entrepreneuriales. On ne veut pas juste gagner sa vie, on veut aussi avoir une activité qui « fasse du sens ».

Ca ne fait parfois que reculer la question d’un cran : rares sont les activités qui aient intrinsèquement un sens, il est quasi toujours apporté par celui ou celle qui le met en œuvre.

On connaît l’anecdote des tailleurs de pierre à qui l’on demande ce qu’ils font : le premier répond qu’il taille la pierre, le second gagne sa vie, et le troisième… construit une cathédrale. Les mêmes gestes peuvent prendre un sens différent, selon l’intention que l’on y met.

Et souvent, ce fameux sens rejoint le fait d’œuvrer à quelque chose qui nous dépasse. On voit fleurir toutes sortes de petits commerces, locaux, conscients de leur empreinte sur la planète (sans emballage, sans pesticides, etc.)

Ce n’est pas le goût de lancer un commerce (fût-il sur internet) qui anime avant tout ces entrepreneurs, mais le désir de le faire autrement, de s’inscrire en porte-à-faux à un modèle industrialisé dominant dont les conséquences externes deviennent de plus en plus visibles.

Tout cela est très bien, et on peut l’encourager vivement : peu à peu, le monde devient plus vivable, par l’action de tels entrepreneurs.

On fera tout de même attention à ne pas s’occuper que de la planète : l’entrepreneur doit veiller à lui-même également, à son propre positionnement dans le système.
A ne pas être que le sauveur de la Terre, mais également être dans une activité qu’il aime profondément faire, et qui ne va pas le lasser dès que la mode sera passée à autre chose…

Les japonais ont remarquablement capturé cela dans l’Ikigai, qui capture le job idéal à l’intersection de quatre cercles : ce dont le monde a besoin, ce que vous aimez faire, ce dans quoi vous êtes bons, et ce pour quoi vous pouvez être payés !

On voit que s’il manque un des 4 éléments, quelque chose va coincer.

On rencontre un peu trop de porteurs de projets enthousiastes, qui aiment faire quelque chose, qui souhaitent changer le monde, mais qui ont « oublié » d’être compétents et pointus dans la tâche concernée. Ou qui ne se sont pas assurés du business modèle, et qu’il y avait moyen de dégager de quoi être payé.

On le voit : la poursuite d’un idéal n’est pas quelque chose qui s’oppose à la logique classique du business (que l’on peut traiter par le business model canvas, ou par le business plan), mais qui doit le complémenter.

Le projet entrepreneurial idéal doit être soutenable pour la planète, certes, mais également pour le porteur : en mettant à profit ses envies, ses talents, et en permettant de la nourrir.

R.

roald@roald.com