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Un texte de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et venture partner pour LeanSquare, professeur invité à l’UCL et à l’UNamur.


Il existe de nombreuses métaphores autour de la start-up ou de l’entrepreneur : le cheval de trait qui laboure, le stand à limonade, etc.

J’aime parler des start-up en démarrage comme de baby start-up : comme des bébés, elles sont toutes magnifiques, le monde s’ouvre devant eux, elles suscitent énormément d’intérêt et d’attention. Comme des bébés aussi, elles savent à peine articuler ce qu’elles font, elles n’écoutent guère ce qu’on leur dit, et elles font ca** partout.

(Après des années à challenger et changer beaucoup de baby start-up, je préfère à présent passer du temps avec des scale-up, qui sont plutôt des ados fougueux, avec leurs qualités et leurs défauts aussi…)

Une des comparaisons les plus radicales était celle de Reid Hoffman (co-fondateur de LinkedIn, et partner chez Greylock VC) : l’entrepreneur est celui qui se jette d’une falaise, et assemble un avion sur la descente.

L’image qui vient à l’esprit est quelque chose entre le sport extrême (wingsuit jumper) et une scène de James Bond. Cette métaphore est sans doute excessive : un entrepreneur n’est généralement pas un casse-cou, c’est plutôt une personne qui est "à l’aise avec l’incertitude". Et aussi quelqu’un qui est conscient de ce qu’il est prêt à perdre.

"Je travaille quatre mois pro bono pour tenter de lancer tel projet"… parce que je sais que je peux me permettre ce manque à gagner si jamais ça ne fonctionne pas.

Ce concept de affordable loss (perte que l’on peut se permettre) est justement un des cinq traits dans la théorie de l’effectuation, une des théories les plus pertinentes autour de l’entrepreneuriat.

Il n’en reste pas moins que la citation de Reid Hoffman capture quelque chose d’assez juste : à un moment, il faut se lancer.

Arrive un stade où l’on a assez examiné son marché, questionné ses clients potentiels, affiné son offre, et où passer encore beaucoup de temps sur ces tâches préparatoires n’amène plus que des retours de plus en plus faibles.

On ne pourra jamais contrôler par la seule réflexion ou préparation tous les paramètres de l’équation entrepreneuriale, puisqu’un paramètre clé nous échappe très souvent : la réception que le marché aura à notre offre. Pour finalement élucider cette inconnue, une seule solution connue : se lancer.

R.

roald@roald.com