Partout dans le monde, chercheurs et industriels travaillent à mettre au point des ordinateurs quantiques dont les performances ridiculiseraient celles des ordinateurs classiques, des nouveaux capteurs quantiques bien plus performants que les capteurs actuels ou encore des systèmes de communication inviolables.

Mais la réalisation reste difficile à maîtriser, parce que les technologies quantiques exploitent les propriétés surprenantes de la matière à l'échelle de l'infiniment petit (atome, ion, photon, électron...). Or ce dernier est très difficile à manipuler, explique Marko Erman, vice-président chargé de la science au sein de Thales.

Le défi du quantique, "c'est d'arriver à faire un pont entre le monde de l'infiniment petit et notre monde physique. On a désormais les technologies qui nous permettent de le faire", et "on est aujourd'hui à une étape où les manipulations de labo sont en train de basculer vers les prototypes", résume-t-il.

D'ici "deux à cinq ans", les premiers capteurs quantiques Thales devraient sortir de l'étape du prototype pour entrer dans celui de l'industrialisation et de la commercialisation, estime-t-il. "La révolution qu'on est en train de vivre est tout autant une révolution scientifique qu'une révolution d'ingénierie."

"Il n'y a pas encore beaucoup de technologies sorties des laboratoires" pour entrer dans l'ère commerciale, abonde Pascale Senellart, l'une des chercheuses qui a accueilli jeudi matin Emmanuel Macron sur le plateau de Saclay. L'entreprise dont elle est cofondatrice, Quandela, fait partie de la vingtaine de start-up qui existent aujourd'hui dans le domaine quantique en France.

Mais ces technologies "commencent à trouver leurs premiers clients, qui sont souvent eux-même des grands industriels ou des spécialistes qui commencent à développer" des applications quantiques, indique Mme Senellart à l'AFP.

Qandela, qui compte une quinzaine de salariés et commercialise des outils permettant l'émission de photons uniques, "a ainsi décroché des contrats "en Australie, en Russie, en Autriche, aux Pays-Bas et en Italie", relève-t-elle.

Accélérateurs quantiques "d'ici 2022-2023"

Chez le géant informatique français Atos, un des acteurs mondiaux du supercalculateur, le directeur général Elie Girard estime lui aussi que les technologies quantiques sont au bord d'une entrée dans le monde industriel.

Atos espère commercialiser ses premiers "accélérateurs quantiques" (où un module quantique est ajouté à un supercalculateur classique pour démultiplier la puissance sur certains types de calcul) "d'ici 2022-23", a-t-il indiqué à l'AFP. "Et dans les années suivantes, on va augmenter la puissance" de ces accélérateurs.

"Je pense qu'à l'horizon" du plan de cinq ans dévoilé par Emmanuel Macron, "on a une chance d'atteindre la supériorité quantique", c'est-à-dire "résoudre des problèmes que le plus puissant des ordinateurs classiques ne nous permet pas de résoudre", estime-t-il.

Investir dans les start-up du quantique aujourd'hui, c'est "faire un pari, qui a une chance raisonnable d'aboutir", complète Xavier Lazarus, du fonds de capital-risque Elaia.

Ce dernier a investi dans la start-up française Alice et Bob, qui veut développer un ordinateur quantique se basant sur un nouveau type de Q-bit - l'élément de base d'un ordinateur quantique - moins soumis au risque d'erreur.

"Ce serait présomptueux de dire qu'on est certain de produire un ordinateur quantique, mais Alice et Bob a une vraie chance d'arriver à produire des Q-bits" efficaces, explique-t-il. Et même si la start-up ne parvient pas elle-même à construire un ordinateur quantique, elle aura toujours probablement "fait avancer un bout du problème" et donc "acquis une valeur stratégique" susceptible d'intéresser des acteurs plus importants.

La France compte un fonds de capitaliste-risque spécialisé dans le quantique, Quantonation, dirigé par Charles Beigbeder. Ce fonds a levé une vingtaine de millions d'euros, et investi dans 12 start-up, dont 5 en France.