Et pourtant c’est ce qui s’est produit. Tour à tour, mercredi soir, Twitter, Facebook, Instagram, Snapchat, YouTube, toutes basées dans l’eldorado californien, ont supprimé trois messages présidentiels et une de ses vidéos où M.Trump demandait à ses sympathisants de “ rentrer chez eux” tout en réitérant ses accusations d’élection frauduleuse.

Historiquement, le principal bras de fer est avec Twitter. La société a donné douze heures au président sortant pour retirer ses deux tweets litigieux. “Si ces tweets ne sont pas supprimés (par leur auteur, ndlr), le compte restera bloqué”, a expliqué le réseau social. Jeudi, passé ce délai de douze heures, le compte Twitter de Trump était toujours bloqué.

C’est la première fois que Twitter bloque le canal par lequel Donald Trump s’adresse directement à 88,7 millions d’internautes, contournant ainsi la presse américaine et ses questions qu’il juge trop orientées politiquement.

Le bras de fer avec Twitter

Le bras de fer avec Twitter ne date pas d’hier. En mai dernier, Donald Trump s’était déjà offusqué de voir le réseau social épingler deux de ses tweets de la mention “ contenu trompeur”. Il avait promis de mener la guerre à ces sociétés californiennes, les conservateurs accusant leur personnel de voter majoritairement démocrate. “ Big Tech fait tout ce qui est en son énorme pouvoir pour censurer en amont l’élection de 2020. Si cela arrive, nous n’aurons plus de liberté. Je ne laisserai pas cela arriver !”

Le 28 mai dernier, il a signé un ordre exécutif pour empêcher toute censure en ligne, concrètement en modifiant la section 230 de la législation internet des États-Unis. Son but ? Déclarer responsables les plateformes du contenu qu’elles publient (comme le sont les éditeurs de journaux). Son ordre exécutif est toujours contesté devant les tribunaux américains.

Trump accuse les réseaux sociaux de faire désormais la loi dans ce qui peut être dit, ou pas, et réclame la protection du Premier Amendement. Mais ce sacro-saint article de la Constitution américaine, a rappelé en mai 2020 la cour d’appel de Washington dans une affaire opposant des néoconservateurs aux GAFA, “interdit uniquement au gouvernement de limiter la liberté d’expression”. Il ne concerne pas les entreprises privées.

Depuis les élections de novembre, puis la soirée du Capitole, les sympathisants de Trump se sont réfugiés sur la plateforme Parler. Ce réseau fondé en 2018 par le milliardaire Robert Mercer, soutien inconditionnel de Trump, promet une discussion libre “ sans la peur d’être déplateformé pour vos points de vue”.

Le coup de grâce de Mark Zuckerberg

Initiée pour d’autres motifs comme la lutte contre le terrorisme ou la pédophilie, l’autorégulation des plateformes est un débat majeur aux États-Unis.

Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, estime que sa société n’a pas à “ arbitrer la vérité”. Mais il a accepté de faire le tri dans les posts sur base de critères comme l’incitation à la violence. Depuis mercredi soir, avec un retard dénoncé par ses détracteurs, une armée de webmasters fait la chasse aux internautes qui “ louent ou soutiennent l’assaut sur le Capitole”, “appellent à s’armer” à Washington ou ailleurs. Facebook a également reformulé le texte qui accompagne les posts litigieux. Celui-ci précise désormais que “Joe Biden a été élu Président avec des résultats certifiés par les 50 États. Les USA ont des lois, procédures et institutions établies qui assurent la transition pacifique du pouvoir après une élection”.

Mais le coup de grâce est venu jeudi : Mark Zuckerberg a annoncé qu’il suspendait le compte de Donald Trump sur Facebook et Instagram “pour une durée indéterminée et au moins pour les deux prochaines semaines jusqu’à ce la transition pacifique du pouvoir soit assurée”.

" Au cours des dernières années", poursuit Mark Zuckerberg dans un message sur Facebook, " nous avons permis au Président Trump d'utiliser notre plateforme en conformité avec nos propres règles, enlevant parfois des contenus ou épinglant ses posts quand ils violents nos règles. Nous l'avons fait parce que nous croyons que le public a droit à l'accès le plus large possible au discours politique, même un discours controversé. Mais le contexte actuel est maintenant complètement différent, impliquant l'utilisation de notre plateforme pour inciter à la violence insurrectionnelle contre un gouvernement démocratiquement élu".