Ils arrivent : les premiers appareils mobiles équipés du nouveau système HarmonyOS, variante maison développée par Huawei dans un objectif d'unification de son écosystème de produits, ont été annoncés ce mercredi 2 juin. En ligne, et depuis son siège de Shenzhen, ce nouvel écosystème a enfin été dévoilé. Il sera intégré sur le MatePad Pro, tablette orientée productivité, qui nous arrivera mi-juin dans la fourchette des 800 euros.

HarmonyOs, soyons, clairs, est un développement pragmatique, qui a eu pour but de réagir à la sanction infligée à Huawei par l'administration Trump. Pour rappel, voilà près de deux ans que le titan chinois doit composer avec une version basique d'Android dans ses produits, exemptés des Google Mobiles Services (GMS), donc du Google Play Store, de Gmail, de Google Maps, etc. Ce développement a été suivi de près par le monde de la tech depuis que l'administration Trump a lancé en 2018 une campagne très agressive pour court-circuiter les ambitions de Huawei, soupçonné par les Etats-Unis d'espionnage.

Premier fournisseur mondial d'équipements de stations de base de télécommunications et d'autres équipements de réseau, Huawei s'était lancé dans le secteur des téléphones portables en 2003, en utilisant Android. Un marché où il fut l'auteur d'une progression fulgurante et où il a trôné à la deuxième place (devant Apple, derrière Samsung la plupart du temps, même si Huawei fut brièvement n°1), avant de voir la sanction américaine infliger un coup d'arrêt dans sa croissance.

Première découverte d'HarmonyOs, la troisième voie mobile

Au premier abord, pas de révolution et c'est bien le but. L'idée est de faire en sorte que les utilisateurs d'Android y retrouvent leurs petits, sans pour autant singer trait pour trait l'OS de Google. HarmonyOs se présente donc comme une sorte de surcouche XXL, mais ceux qui sont familiers aux widgets, aux dossiers d'applis, au panneau de contrôle à tirer, etc. reprendront vite leurs marques. Pas, en revanche, de tiroir d'applications : Huawei mise sur les groupements de vos apps par dossiers thématiques. Rien de tout à fait neuf.

La nouveauté, du coup ? "Faire ce que ni Android ni iOS n'ont vraiment réussi", diit Huawei. A savoir le pari de la domotique et de la convergence des devices. Dès l’écran d’accueil, Harmony OS permettra de contrôler les objets extérieurs - qu'ils soient sous HarmonyOs ou non. Allumer une enceinte, sa télé, transférer un fichier sur votre PC sous Windows, contrôler votre éclairage,... La panoplie complète semble au menu, mais ici encore, ces possibilités existent déjà sous Android ou iOS.

Après le MatePad Pro, il y a fort à parter que le P50, rockstar de l'année chez Huawei, tourne sous HarmonyOs également. Reste à voir si les développeurs suivront, et transposeront leurs apps phares en masse sur App Gallery, la boutique d'applications virtuelle de Huawei. Lancée il y a plus d'un an désormais, bien que ses rangs ont grossi, elle ne peut que rêver de l'exhaustivité des Play Store et App Store, que les mobinautes connaissent depuis près de 15 ans désormais... Auront-ils massivement l'envie de découvrir une troisième voie ? L'avenir nous le dira.

Diversification et distanciation américaine

En attendant, les problèmes de Huawei ont entraîné un important remaniement de l'entreprise, fondée en 1987 par Ren Zhengfei, ancien ingénieur de l'Armée de libération du peuple qui occupe toujours le poste de PDG.

Depuis que la pression américaine s'est intensifiée, Huawei s'est rapidement orienté vers de nouvelles lignes de produits considérées comme moins vulnérables et s'est recentré sur son principal marché intérieur. Dans une note interne à ses salariés la semaine dernière, Ren Zhengfei, a appelé ses salariés à une transformation tous azimuts de son groupe et à accélérer l'autonomie dans les logiciels.

Ainsi, "les Etats-Unis auront très peu d'emprise sur notre développement futur", avait écrit l'homme d'affaires. La firme a accéléré sa diversification dans des secteurs comme l'informatique dématérialisée ("cloud") ou les véhicules connectés, au-delà de la 5G où il est déjà un des leaders du marché.

Huawei a ainsi annoncé le mois dernier son souhait de travailler en partenariat avec des constructeurs automobiles chinois pour déployer des véhicules intelligents.