Canberra a présenté un projet de "code de conduite contraignant" censé gouverner les relations entre des médias en grandes difficultés financières et les géants qui dominent l'internet, au premier rang desquels Google et Facebook. Cette règlementation, qui pourrait entrer en vigueur cette année, serait une première mondiale.

Dans un mémoire daté du 18 janvier, le physicien britannique Tim Berners-Lee déclare qu'il comprend la nécessité pour les éditeurs de presse d'être "correctement récompensés" pour leur travail. Mais "les contraintes sur l'utilisation des liens hypertextes ne sont pas la bonne façon d'atteindre cet objectif", affirme-t-il.

Dans le cadre d'une enquête du Sénat australien concernant l'initiative, il écrit que "la capacité de créer des liens (hypertextes) librement, c'est-à-dire sans limites quant au contenu du site lié et sans frais, est fondamentale pour le fonctionnement du Web, la façon dont il a prospéré jusqu'à présent et dont il continuera de croître dans les décennies à venir".

Le projet de l'Australie prévoit des pénalités de plusieurs millions d'euros en cas d'infraction et vise le "fil d'actualité" de Facebook et les recherches sur Google. Les deux géants de l'internet ont menacé en retour de limiter leurs services aux internautes australiens.

"Si ce précédent était suivi ailleurs, il pourrait rendre le web inapplicable dans le monde entier", estime Tim Berners-Lee, qui "exhorte donc respectueusement" l'Australie à "retirer ce mécanisme" du code.

Berners-Lee est l'inventeur en 1989 du système de lien hypertexte, soit la possibilité à partir d'une page, de cliquer sur des mots-clés, qui conduisent directement à la page qui leur est consacrée, elle-même contenant des liens vers d'autres pages et ainsi de suite.

Le Bureau du représentant américain chargé du Commerce a également exhorté Canberra à abandonner son plan "accablant", affirmant qu'il pourrait y avoir "des conséquences négatives à long terme" pour les consommateurs et les entreprises.

L'initiative australienne est suivie de près à travers le monde, à un moment où les médias d'information souffrent dans une économie numérique où les revenus publicitaires sont de plus en plus captés par de grandes entreprises de technologie.

Elle a reçu le soutien des médias australiens.

La crise des médias a été aggravée par l'effondrement économique provoqué par l'épidémie de coronavirus. En Australie, des dizaines de journaux ont été fermés et des centaines de journalistes licenciés.