La Commission européenne a donné jeudi un feu vert sous condition à Google pour racheter Fitbit, spécialiste des objets connectés pour le sport, malgré l'inquiétude d'associations de consommateurs concernant l'exploitation des données de santé.

Google s'est engagé à ne pas utiliser les données relatives à la santé de ses utilisateurs à des fins publicitaires. Il a accepté que ces derniers aient la possibilité de refuser l'utilisation de ces données par d'autres services de Google (comme Google Search, Google Maps, ou YouTube). Le géant américain a également garanti de maintenir l'interopérabilité entre les appareils de technologie portable concurrents et son système d'exploitation Android.

Acteur minoritaire en Europe

"Nous pouvons approuver le projet d'acquisition de Fitbit par Google parce que (ces) engagements garantiront que le marché des objets connectés et le secteur naissant de la e-santé resteront ouverts et concurrentiels", a déclaré la vice-présidente de la Commission européenne en charge de la Concurrence, Margrethe Vestager.

La Commission européenne avait ouvert le 4 août une "enquête approfondie" sur ce projet de rachat, craignant que l'opération "ne renforce encore la position de Google sur les marchés de la publicité en ligne". En mettant la main sur l'américain Fitbit, le géant des moteurs de recherche augmente encore le volume des données dont il dispose pour personnaliser ses publicités.

Très populaires aux Etats-Unis, les montres connectées et autres moniteurs d'activité physique Fitbit permettent de mesurer le nombre de pas faits quotidiennement, le nombre de calories brûlées ou encore le nombre d'heures de sommeil recommandées.

Google avait annoncé en novembre 2019 le rachat de ce groupe américain, l'un des leaders mondiaux des objets connectés spécialisés dans les activités liées au sport et au bien-être, pour 2,1 milliards de dollars, prévoyant de conclure la transaction en 2020.

"Fitbit détient une part de marché limitée en Europe dans le segment à croissance rapide des montres intelligentes dans lequel sont présents de nombreux concurrents de plus grande taille tels qu'Apple, Garmin et Samsung", a estimé la Commission.

Les associations de consommateurs inquiètent

Mais certains acteurs du marché se sont inquiétés que Google obtienne un avantage tel en combinant les bases de données de Google et de Fitbit qu'il serait en mesure d'évincer la concurrence.

"L'enquête approfondie de la Commission n'a pas confirmé ces préoccupations. En effet, le secteur des services de santé numériques est encore balbutiant en Europe, avec de nombreux acteurs exerçant leurs activités dans cet espace", a affirmé l'exécutif européen.

Le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), une fédération regroupant des associations de consommateurs dans 32 pays, a pourtant dénoncé le feu vert de Bruxelles.

Le BEUC "regrette profondément que la décision de la Commission européenne (...) ne soit pas assez ferme". Il estime que les engagements de Google sont "insuffisants pour garantir une concurrence efficace dans le domaine des appareils portables et de la santé numérique".

En outre, "il existe un risque sérieux que Google exploite les données des utilisateurs de Fitbit, y compris les données sensibles sur la santé, sur plusieurs marchés", a déclaré la directrice générale du BEUC, Monique Goyens.

Bruxelles assure au contraire que le groupe devra respecter la législation européenne qui prévoit que "le traitement des données à caractère personnel concernant la santé est interdit, à moins que la personne n'ait donné son consentement explicite".

Google a salué la décision de la Commission. "Nous pensons que cet accord stimulera l'innovation dans le domaine des appareils portables et nous permettra de construire des produits qui aident les gens à mener une vie plus saine", a affirmé un porte-parole dans un communiqué.

Il assure s'être engagé "à protéger la vie privée des utilisateurs de Fitbit" et à continuer à soutenir les fabricants d'équipements et les développeurs de logiciels.