Un projet de loi, élaboré après une série d'attentats d'extrême droite dans le pays, a été adopté en conseil des ministres et devra encore être validé par les députés du Bundestag.

Selon ce texte, l'Office pour la protection de la Constitution, soit les Services de renseignements allemands et le Service de contre-espionnage militaire (MAD) seront à l'avenir autorisés à surveiller non seulement les conversations en cours via Messenger mais aussi les messages cryptés déjà envoyés sur cette plateforme en s'aidant notamment d'un "logiciel espion".

"Je ne peux pas accepter que nos autorités de sécurité ne puissent poursuivre les ennemis de notre démocratie par manque de pouvoirs", a expliqué l'initiateur de ce texte, le ministre de l'Intérieur conservateur Horst Seehofer.

"Le temps des téléphones à cadran rotatif est révolu depuis longtemps", a-t-il dit, précisant que cette future loi était une étape attendue depuis longtemps dans la lutte contre les terroristes et les extrémistes.

"Nous avons besoin de services de renseignements qui puissent voir et entendre à l'ère du numérique", a-t-il insisté.

Selon la ministre de la Justice, la sociale-démocrate Christine Lambrecht, les services de renseignements devraient avoir la possibilité "d'agir sur un pied d'égalité avec ceux qu'ils poursuivent".

Elle a ajouté qu'il ne s'agissait pas de poursuivre les citoyens, mais de prévenir les crimes.

Le gouvernement allemand a assuré qu'un tel espionnage ne serait possible qu'après accord de la "Commission G-10", commission parlementaire spécialement dédiée à l'étude des mesures restrictives dans le domaine du secret des lettres, des postes et des télécommunications.

Ce texte survient après une série d'attentats perpétrées par des extrémistes de droite à Halle fin 2019 et Hanau début 2020 lors desquelles onze personnes avaient perdu la vie. Les deux individus, qui avaient agi seuls, avaient cependant déversé préalablement leur haine sur internet.

Ce projet de loi a provoqué l'ire de l'opposition. L'un des dirigeants des écologistes, Konstantin von Notz, a parlé d'un texte "anti-droits civiques", les libéraux du FDP estiment pour leur part qu'il s'agit d'une "atteinte massive aux droits fondamentaux".