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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.

Cher F.,

Comme tout entrepreneur « tech », tu réalises qu’une startup qui marche, c’est avant tout une histoire de croissance. En fait, aucun investisseur ne veut investir dans une simple « startup » : on investit avec l’espoir que ça devienne une « scale-up », c’est-à-dire une startup qui s’envole en hyper-croissance.

C’est ce type de croissance, de nature exponentielle, qui caractérise l’engouement pour les startups technologiques, et qui justifie les montants élevés que les investisseurs en Venture Capital (VC) risquent sur ces aventures.

La caractéristique la plus nette de cette hyper-croissance, c’est la dé-corrélation du volume de valeur créée et du nombre d’employés nécessaires pour l’assurer.

C’est Instagram qui ne compte que 13 employés lorsqu’ils sont rachetés pour 1 milliard par Facebook en 2012. Ce qui fait cette valeur, c’est qu’ils ont déjà 30 millions d’utilisateurs en 18 mois, et semblent partis pour une croissance encore plus forte (confirmée et amplifiée par Facebook, ils sont 1 milliard d’utilisateurs aujourd’hui…)

[Encore plus remarquable : WhatsApp rachetée 19 milliards de dollars toujours par le même Facebook en 2014, à un moment où ils comptaient 55 employés.]

Reid Hoffman vient de publier un ouvrage « blitzscaling », sur ces questions d’hyper-croissance qu’il connaît bien, puisqu’il a été le fondateur et ex-CEO de LinkedIn (qu’il a amené à 400 millions d’utilisateurs au moment du rachat par Microsoft en 2016).

Il y donne quelques conseils qui peuvent sembler contre-intuitifs de prime abord, surtout quand on aborde le milieu startup avec une mentalité de management classique.

Comme d’engager « Mme Right Now » plutôt que « Mme Right » : l’impératif en mode scale-up étant l’action, il vaut mieux aller vite (faire les choses « right now », immédiatement), plutôt que de réfléchir à faire les choses « bien »,… et reporter l’action.

Cette agilité dans l’action permet de faire face aux imprévus, quelque chose que Hoffman avait déjà pratiqué dans l’équipe de PayPal, où sans cesse survenaient de nouveaux challenges (qu’il appelle des « oh sh*t moments » : il y a des fraudes pour plusieurs millions ; Visa nous demande de changer notre produit ; notre partenaire eBay s’apprête à lancer un concurrent ; etc.)

Il encourage également à lancer son produit le plus tôt possible, favoriser la vitesse plutôt que la perfection : « si vous n’êtes pas embarrassé par la première version de votre produit, c’est que vous avez lancé trop tard ! » disait-il, bien avant que Steve Blank et Eric Ries ne théorisent la notion de MVP (Minimum Viable Product).

Ce focus sur la vitesse, implique de tolérer de parfois faire les choses « mal », de façon non aboutie, ou de laisser certains feux couver (on ne peut pas faire le pompier sur tout).

On le voit : certains de ces conseils vont quasi à rebrousse-poil de ce que l’on enseigne typiquement en business school. La croissance sauvage est à ce prix.

R.