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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur.


Chère S.,

A force de lire et d’entendre des histoires d’entrepreneures, de succès, tu as fini par franchir le pas à ton tour, et plonger dans l’entrepreneuriat.

Bienvenue !

Mais on dirait que après quelques mois dans ce milieu, tu commences à réaliser que toute le vérité n’est pas comprise dans ce que j’appelle le « mythe romantique de l’entrepreneur », cette version romancée de la startup que l’on retrouve dans les magazines…

La vie en général est un théâtre, la vie de l’entrepreneur en particulier.

On lui demande d’être exposé, visible, authentique… puisque tels sont les ingrédients du marketing d’aujourd’hui.

Et bien entendu, il ou elle est priée de dégager une impression de grande confiance (puisqu’elle est contagieuse),

En tant qu’investisseur, une fois que l’on est séduit par le pitch et les premières discussions, on entre en phase de « due diligence », où l’on examine de beaucoup plus près chacune des affirmations de l’entrepreneur, où l’on rentre dans les détails analytiques, où l’on ouvre les fardes, pour y trouver contrats, données chiffrées.

Et là parfois, on se rend compte que l’envers du décor ne correspond pas tout à fait à la facade. Les chiffres ont été gonflés parfois, ou sont présentés de façon trompeuses (le nombre d’utilisateurs d’une app n’est pas égal au nombre de downloads, p.ex.)

On découvre aussi parfois l’historique de l’actionnariat au fil des ans, des fondateurs remerciés ou incrustés, des business angels qui s’accrochent aux clauses anti-dilution de leur pacte d’actionnaire initial, alors qu’un investisseur ultérieur voudrait les réviser, le développeur oublié à qui l’on avait promis des parts… Autant de petites crises, avec souvent un fort impact émotionnel, et qui changent (parfois au sens le plus littéral) la part qu’est amenée à jouer un fondateur dans l’entreprise.

Etant passé par là moi aussi dans mon parcours d’entrepreneur, je peux souvent comprendre, et parfois recueillir les confidences d’un CEO sur cet envers du décor. Ce n’est pas la curiosité qui m’anime, mais plutôt un souhait d’aider, y compris dans les cas extrèmes quand ça implique de trancher dans le vif, pour sauver une partie d’une boite. La solution parfaite, ou parfaitement juste n’existe pas. Ce qui par contre tue l’affectio societatis, l’envie d’entreprendre ensemble, c’est la constitution de factions au sein de l’actionnariat, ou parfois une partie intrigue pour chiper quelques pourcents à une autre. Le triste résultat est que la collaboration devient tendue, voire impossible. Un investisseur ou un acheteur potentiel va rapidement sentir ces dissensions, et cela va faire chuter grandement la valeur de l’entreprise.

Tant que l’on n’a pas eu accès à l’arrière-scène, et aux rouages internes qui font tourner la startups (ou la font grincer en coulisses), ce que l’on voit sur scène peut très bien être du « show business ».
Mais un investisseur, un partenaire, derrière le « show », voudrait s’assurer de la réalité du business.

R.