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Une contribution de Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, startup coach et venture partner pour LeanSquare, et Professeur invité à l'UCL et à l'UNamur. 

Cher L.,

Tu m’as parlé de ton nouveau projet, après cette faillite de ton entreprise précédente. C’est déjà particulièrement réjouissant à voir : l’enthousiasme et la fraîcheur que tu apportes à ce projet naissant, malgré les difficultés liées à l’échec (un impact de plusieurs dizaines de milliers d’euros sur tes finances personnelles).

Comme dit l’adage : « When the going gets tough, the tough gets going », quand les circonstances deviennent difficiles, les forts continuent d’avancer.

Au fond de ton projet, j’ai cru voir briller quelque chose avec une lumière rare et particulière. J’ai l’intuition que ton projet pourrait être de ces (très rares) startups qui créent une nouvelle catégorie. C’est la version extrême de l’ « océan bleu », cette stratégie d’un espace incontesté par la concurrence (qui elle est restée dans l’océan rouge de la compétition indifférenciée, et de la sanglante bataille des prix).

C’est un trait que l’on retrouve chez de nombreuses « licornes » (valorisées à plus d’un milliard) : elles n’ont pas juste construit une startup, elles ont carrément changé les règles du jeu, elles ont inséré une nouvelle case dans le marché. C’est Pixar qui montre dès 1995 que l’on peut faire du long métrage animé avec de l’image 3D (une évidence aujourd’hui)

Ce n’est d’ailleurs pas facile initialement, parce que l’esprit humain aime ramener une nouveauté à quelque chose de familier, qu’il connaît déjà. Chris Messina (inventeur du #hashtag en 2007), remarquait déjà que lorsque l’on vient avec un concept trop nouveau, pendant tout un temps, son véritable potentiel reste incompris, parce qu’on l’a ramené à une « autre ligne » familière du vocabulaire et des concepts, avant qu’il ne fasse sa place, et crée son propre terme ou concept. Avant que l’on ne parle de « sharing economy », il n’était pas simple de comprendre ce que faisaient les Uber ou AirBnb. A partir du moment où le terme s’est popularisé, on a vu fleurir des sites de partages les plus divers.

A remarquer aussi : les fondateurs d’entreprises qui ont défini leur catégorie n’étaient pas toujours conscient de cela. Ils étaient surtout animés par une vision et une passion hors du commun.

Cet engagement constant permet le crucial ajustement fin du produit au marché, car être le premier à occuper une niche n’est pas en soi une garantie de succès (MySpace, Friendster, avaient défini la notion de réseau social avant que Facebook ne s’y impose par une offre plus forte).

Voilà donc le feedback que je t’offre : de bien voir le potentiel de ton projet, qui même s’il est aujourd’hui encore embryonnaire, peut définir un nouveau pan de l’industrie.
La route reste longue, mais la promesse est encore plus forte.

R.