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En bon pitcheur de sa start-up, Kevin Lohandjola démarre par une petite histoire personnelle. À l’été 2017, le père de Kevin lui demande de nettoyer sa voiture. La station de lavage la plus proche se trouvant à cinq minutes de chez lui, Kevin. La corvée, se dit-il, sera bouclée en moins d’une demi-heure aller/retour. Sauf qu’il n’était pas tout seul à se rendre au carwash… Résultat : une heure de file avant de pouvoir shampouiner le véhicule paternel.

Le projet Cleaneo est né au départ de cette petite aventure. Pour éviter toute perte de temps et frustration, Kevin Lohandjola, bachelier en droit (Ephec), s’est donné pour mission de faire venir le carwash directement au domicile du client.

Après un passage par la Startup Factory, Kevin décide de se lancer en solo en décembre 2017 (date de la société Cleaneo). Le principe d’une marketplace de mise en contact entre le client et un laveur de voiture (appelé le "washer"). "Nos washers sont des indépendants. On vérifie toujours s’ils ont déjà eu une expérience dans le nettoyage ou le carwashing avant de leur donner des missions", explique le jeune entrepreneur bruxellois, associé à Anita Rejep. Cleaneo, qui n’offre actuellement son service qu’en Région bruxelloise, peut compter sur une équipe de cinq washers.

© HAULOT ALEXIS
Le mode opératoire est très simple. À une condition : être sur Facebook/Messenger. Une fois sur la page Facebook de Cleaneo, le client sélectionne la prestation, le jour et l’heure qu’il désire. Il donne l’adresse où le lavage doit avoir lieu (domicile, lieu de travail,….). Il paie en ligne (via Stripe). Le jour J et l’heure H, un washer vient laver la voiture.

L’une des spécificités de Cleaneo est de nettoyer les véhicules sans eau, à la main et avec des produits qui ne nuisent pas à l’environnement. "On peut économiser jusqu’à 200 litres d’eau par lavage", assure Kevin Lohandjola. Cleaneo propose un lavage externe et/ou interne (avec des prix qui vont de 14,99 à 29,99 euros). Il faut compter entre 60 et 90 minutes pour le lavage intégral (mais moins d’une demi-heure pour un nettoyage intérieur).

Ayant commencé par une clientèle de particuliers (B2C), Cleaneo a lancé récemment une offre en B2B. La start-up peut alors prendre en charge le nettoyage de tout (ou partie) de la flotte automobile d’une entreprise pendant les horaires de travail et directement sur le lieu de travail du client. En quelques mois, Cleaneo a été approchée par de grands groupes tels que Elia, Volvo, BMW, Brussels Airport ou encore la Police fédérale, BMW, Brussels Airport.

En 2018, plus de 600 véhicules ont été nettoyés par des washers de Cleaneo (soit environ 60 par mois). Le chiffre d’affaires reste encore modeste (la start-up prélève une commission de 40 % par prestation). "L’année 2018 nous a permis de tester le projet (connaître le marché, les clients, leur fidélité…) sans avoir fait de véritable campagne marketing. En 2019, on veut accélérer." Dans les 6 mois, Cleaneo veut s’étendre à Liège et Anvers ; couvrir toutes les grandes villes belges dans les 12 mois ; et se lancer à l’international (Benelux) dans les 18 mois.

"On veut devenir le Uber du carwash", concluent Kevin et Anita. Ils évaluent à 200 le nombre de véhicules à laver chaque mois pour devenir break-even. Ils cherchent à lever 150 000 euros pour finaliser une application mobile, investir dans du matériel de meilleure qualité et faire du marketing.


L'avis du coach Roald Sieberath (Leansquare)

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Il y a une catégorie de business, pas très high-tech, où ce que l’on vous vend fondamentalement, outre le produit/service proprement dit, est ce que les Américains appellent convenience. La facilité, l’aisance, le fait-que-je-ne-dois-plus-me-déplacer… Ce type de business cartonne aux États-Unis où, avec l’arrivée des téléphones mobiles (et géolocalisés) et de l’ubérisation, toutes sortes de services qui visent à simplifier la vie des gens ont fait leur apparition. Un seul exemple : rien que pour la livraison d’essence à votre véhicule durant la journée (sans que vous ayiez à passer par la pompe à essence ou sortir de votre bureau), FuelMe, Fuelster et Filld occupent le terrain. Cette facilité d’usage, Cleaneo veut vous l’apporter pour la tâche du nettoyage de votre voiture. Leur solution (sans eau, donc praticable en tout lieu, même dans un garage sous-terrain) semble bien étudiée. Le besoin de cette "convenience" est déjà là et ira sans doute grandissant. Pour la start-up, il s’agira, dans les phases de lancement, de dénicher les bonnes catégories d’usages et de clients friands de ce type de service. On pense à l’approche B2B de gestionnaires de flottes. Et sans doute doit-il exister des catégories premium à plus forte marge. Enfin, si le client est roi, les collaborateurs sont également clés. On recommandera donc à Cleaneo de bien veiller à la bonne intégration des laveurs (suivi, qualité, satisfaction,…).

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