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Le CES 2019 a révélé les progrès de la traduction, automatisée, en temps réel.

Alors qu’on les interrogeait sur ce qu’ils avaient vu de mieux au Consumer Electronics Show (CES), qui s’est tenu du 8 au 11 janvier à Las Vegas, Pierre L’Hoest et Simon Alexandre, les deux boss de The Faktory (incubateur et fonds d’investissement basé à Liège), nous confiaient avoir été "bluffés"(sic) par un système de traduction intelligent, en temps réel, développé par l’entreprise chinoise iFlytek. Cette société, créée en 1999 et cotée à la Bourse de Shenzhen, est devenue un poids lourd de la reconnaissance vocale et de l’intelligence artificielle en Asie. Son Translator 2.0, présenté à Las Vegas, traduit le chinois en une trentaine de langues et inversement.

Iflytek n’est toutefois plus seule, aujourd’hui, sur le marché très convoité des technologies intelligentes qui permettent de dialoguer aisément sans la barrière de la langue. Plusieurs entreprises ont profité de la grand-messe tech pour promouvoir leurs appareils. Les écouteurs "Pilot" de Waverly Labs traduisent en 15 langues ; si les deux interlocuteurs sont équipés, il est même possible de dialoguer directement. L’écouteur, via l’application du smartphone, "écoute la voix, l’envoie dans le cloud, transcrit, traduit et la synthétise" vocalement, a expliqué Andrew Ochoa, patron de cette société new-yorkaise, lors d’une démonstration. On peut citer aussi les oreillettes WT2 du Chinois TimeKettle, le "Pocketalk" du japonais Sourcenext ou encore la nouvelle fonctionnalité de traduction des "Pixel Buds" de Google.

De façon générale, ces différents appareils et logiciels de traduction/interprétation par synthèse vocale appliquent les dernières fonctionnalités de l’IA, comme le machine learning ou le neural network, aux modèles de traduction.

Jetpack

© SCHOLASSE ETIENNE
Jetpack (réacteur dorsal, en français) : équipement portable permettant à son utilisateur de décoller, de se propulser et d’atterrir de façon autonome. Allez voir les vidéos qui circulent sur Internet, c’est assez spectaculaire… On ignore si les quatre jeunes fondateurs de Jetpack AI avaient en tête cet engin volant plus tout à fait futuriste - où la machine et l’homme font corps - en créant leur start-up en mai 2017. Mais il y a un lien. Le business développé par cette jeune pousse bruxelloise - créée par Gautier et Raphaël Krings (qui sont ni frères, ni cousins !), Karim Douieb et Pierre-François Crousse - vise en effet à associer matière grise et intelligence artificielle (au sens large du terme) afin de faire décoller les revenus de leurs clients. "Nous accélérons la transformation des données de nos clients, sans que ceux-ci doivent être des "data analysts", avec l’ambition d’en extraire de la valeur. Nous nous positionnons dans ce qu’on appelle l’operational analytics", résument Gautier et Raphaël Krings. Pour opérer cette transformation, Jetpack a recours à des technologies telles que le cluster-computing (grappe de serveurs), l’intelligence artificielle et le machine learning, le text mining (extraction de connaissances au sein de banques de données), etc.

Ce qui impressionne avant tout, chez Jetpack, ce sont les profils et l’expérience déjà accumulée par les huit membres de l’équipe (dont les quatre fondateurs). Pêle-mêle, on y retrouve des doctorants, des data scientists, des développeurs et trois co-fondateurs de Real Analytics Impact (RAI, devenu Riaktr). On est là en présence d’une quantité de matière grise et d’un savoir-faire qui sont encore assez rares en Belgique dans le domaine de l’IA et de l’analyse de données.

Jetpack se présente comme un incubateur et une plateforme de lancement d’applications sur le marché des analytics et de l’IA. Un marché déjà bien occupé, avec des poids lourds tels que McKinsey, BCG, Deloitte, Accenture… Cela ne semble pas effrayer le quatuor bruxellois. "Nous apportons à la fois une expertise technologique, une capacité à innover et à développer des solutions software adaptées aux besoins des clients, ainsi qu’un accompagnement dans la mise en œuvre de ces solutions", soulignent Gautier et Raphaël Krings. À ce jour, plusieurs projets d’applications ont déjà été mis en route, dont deux ont fait l’objet d’un "minimum viable product" (MVP) actuellement en phase de validation ("store manager" et "flow").

Parmi les premiers clients ayant fait confiance à Jetpack, on trouve des entreprises telles que Wabco (Belgique), Proximus, Lineas, Planet Parfum… "Nous visons les corporates et les grosses PME actives dans des secteurs diversifiés (retail, télécoms, transport…), avec une priorité donnée pour l’instant à la Belgique (à l’exception de deux clients étrangers : les sociétés sud-africaine MultiChoice et brésilienne Serasa Experian, NdlR)". Le modèle d’affaires de Jetpack repose à la fois sur les services (consultance, développement de MVP, support…) et des licences. Pour l’instant, la start-up, qui n’a pas encore dû recourir à une levée de fonds, ne communique aucun chiffre en matière de revenus.


Avis de l'expert Bruno Quinart (Orange Belgium)

© DR
Jetpack apporte une philosophie de gains marginaux pour innover avec les données. Il a une petite équipe avec beaucoup d’expérience dans l’apprentissage automatique (machine learning) et la visualisation de données. Ils peuvent déjà présenter un beau portefeuille de projets réussis en Belgique. Les opérations dans de nombreux domaines peuvent tirer parti de la combinaison de données en temps réel et d’outils numériques. L’attention de Jetpack à expliquer la magie de l’apprentissage automatique et à la faire accepter par tous fera la différence. Quelques projets ont déjà permis d’incuber des produits en interne. Cependant, aujourd’hui, l’accent n’est pas encore mis sur les produits; cela reste une approche sur mesure pour des clients individuels. Cette approche de consultance signifie que les opérations sont rentables. S’ils choisissent d’investir davantage dans certains des produits qui ont du succès, ils devront alors décider de continuer à financer le développement de produits en interne ou bien accélérer en levant des fonds externes.

© IPM

Avis du coach oald Sieberath (Leansquare)

© MARIE RUSSILLO
Gautier Krings sait sans nul doute de quoi il parle quand il s’agit d’Intelligence Artificielle : chargé de cours en machine learning à l’UCLouvain (où il a reçu son doctorat), il avait déjà été co-fondateur et responsable scientifique chez Real Impact Analytics, avant de démarrer Jetpack avec trois associés. Depuis une paire d’années, Jetpack a pris un positionnement original sur les operational analytics, c’est-à-dire l’analyse des données de terrain pour et par ceux qui sont dans des scénarios de production. Ceci contraste avec l’approche analytique plus classique, qui fournit des tableaux de bord stratégiques au management et au conseil d’administration. Jetpack, dans certains scénarios, ne propose de gagner "que" 3 à 5 % d’efficacité en organisant mieux des flux, une logistique, etc., mais ils sont très réels et en prise directe avec les opérateurs pour qui c’est important. Partis d’une approche "service" (qui leur a permis d’être autosuffisants depuis le décollage), Jetpack passe progressivement vers une approche d’incubation de produits, amenant un développement réalisé pour un client à une offre multi-clients et à une ligne de produits (actuellement dans le retail et la gestion de flux). À l’heure où la plupart des sociétés de consultance déploient des discours sur le côté stratégique de l’IA, Jetpack trace son sillon, avec une approche tactique très pragmatique.

© IPM