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L’engouement pour les objets connectés s’accompagne de la création de lieux dédiés à l’IoT.

L’Internet des objets suscite l’engouement dans le milieu des entreprises technologiques. Le domaine est très large et le potentiel considérable. En l’espace de quatre semaines, on a passé en revue quatre cas, concrets et diversifiés, actuellement en cours de développement en Belgique : ThingsPlay, PaSha, FullUp et Shayp. Beaucoup d’autres projets, menés par des start-up ou de plus grandes entreprises, existent. Nous ne sommes qu’au début de la vague de l’IoT.

Pour encourager et accompagner ces projets, différentes structures, privées comme publiques, ont fait leur apparition en Belgique. Nous avons déjà eu l’occasion, à plusieurs reprises, de parler de Make It, un start-up studio qui se spécialise dans les objets connectés. C’est de là que sort, d’ailleurs, la jauge connectée FullUp. Ce projet piloté par Catherine de Viron bénéfice aussi du soutien de l’IoT Factory qui, en avril, a lancé un programme d’accélération (IoT Campus) ciblant des start-up IoT à Bruxelles. Ce campus de l’Internet des objets est un partenariat mené avec la Région de Bruxelles Capitale, dans le cadre du programme NextTech, et Co-Station, l’espace de co-working bruxellois dédié aux start-up technologiques.

On peut signaler deux autres initiatives sur le terrain des objets connectés. D’une part, WSL, l’incubateur wallon des sciences de l’ingénieur, a inauguré de nouvelles infrastructures sur le site du Val Benoit, à Liège. Cet emménagement a coïncidé avec le lancement d’Atom-IT, une plateforme structurant l’offre wallonne dans le secteur de l’Internet des objets. D’autre part, un nouveau FabLab (cityfab2), espace dédié à la fabrication d’objets avec l’assistance d’outils numériques, a été inauguré fin novembre à Evere. Là aussi, cela devrait attirer le secteur de l’IoT.


Shayp

© Olivier Papegnies
On a un peu de peine à le croire, mais 35 à 40 % de l’eau distribuée et facturée en Belgique échappe aux consommateurs - particuliers comme entreprises (publiques et privées) - en raison de fuites ! Canalisations fissurées, sanitaires défaillants… L’or bleu, si précieux et de plus en plus onéreux (le coût de l’eau a doublé ces dix dernières années en Belgique), est source d’un énorme gaspillage (pas toujours conscient, d’ailleurs). "Une toilette qui coule, c’est 700 euros par an", illustre Alexandre McCormack, co-fondateur et CEO de Shayp.

Cet ingénieur architecte, qui a travaillé pour la Ville de Bruxelles, s’est lancé dans une chasse aux fuites d’eau en ayant recours à l’Internet des objets. Avec un double objectif : détecter les fuites et sensibiliser le public à leur consommation d’eau. Le dispositif est simple puisqu’il suffit de placer un capteur sur un compteur d’eau et de télécharger l’application Shayp. Pour l’instant, la connexion s’opère via le réseau Sigfox (lire notre édition du 1/12). La batterie du capteur a une autonomie de 10 ans. Une fois installé, le capteur va transmettre des données toutes les heures vers un serveur, qui va les analyser et en tirer une série d’informations sur l’état de fonctionnement des conduites d’eau, la consommation… Le capteur est vendu au prix de 295 euros (auquel s’ajoute un abonnement mensuel de 4,5 euros).

Après plusieurs mois de développement et des premiers projets pilotes, Alexandre McCormack - rejoint par Grégoire de Hemptinne (COO) et Zineddine Wakrim (CTO) - a entamé la commercialisation du produit auprès de grands comptes publics et privés (dont la Ville de Bruxelles).

"La production de capteurs est encore limitée pour l’instant", explique le CEO de Shayp. "À partir de 2019, on va accroître la production et commencer à cibler aussi les particuliers à travers des partenaires (sociétés de distribution, fournisseurs et installateurs de compteurs…)". Shayp ambitionne aussi de passer par les sociétés d’assurances pour commercialiser ses capteurs (partant du constat que 39 % des coûts, pour les assureurs, sont liés aux dégâts des eaux). "Notre système permet d’être très réactif, voire même de détecter des risques élevés de rupture d’une canalisation, par exemple lors de périodes de gel. L’assureur peut donc être averti en amont et envoyer un technicien pour intervenir avant que les dégâts se produisent", détaillent Alexandre McCormack et Grégoire de Hemptinne.

Lauréat du Fonds Sense (Fondation pour les Générations futures) et du prix Greenlaben 2017, Shayp a bouclé une première levée de fonds de 350 000 euros en mai dernier (via une société de consultance, des business angels et Imec Ventures). Une nouvelle levée, "comprise entre 1,5 et 2 millions d’euros", est déjà programmée pour 2019. "Notre ambition est de devenir leader en Europe, avant d’aborder d’autres régions".


Avis du coach Roald Sieberath (Leansquare)

© MARIE RUSSILLO
Parmi nos services urbains, l’eau est quasi le plus discret, le plus invisible, le plus oublié. Au point que la plupart d’entre nous ignorent le gouffre que peuvent représenter les fuites d’eau. C’est une opportunité dont a voulu se saisir Shayp. La solution est plutôt élégante : on ne doit pas remplacer son compteur d’eau par un smart meter ; c’est une petite cellule que l’on va fixer à un compteur existant et qui va suivre la consommation. Un module de transmission va envoyer les informations, récupérées dans le cloud et un tableau de bord. Une fuite va immédiatement être détectée et, le cas échéant, donner lieu à une notification par SMS. Shayp se destine avant tout à des clients où l’effet de volume peut le plus se faire remarquer : collectivités, écoles, crèches, etc. Un business modèle alternatif s’est fait jour avec les compagnies d’assurances, ce qui n’est pas étonnant quand on sait que 39 % des coûts des assurances habitation sont dus aux dégâts des eaux. C’est une stratégie qui a tout son sens pour les assurances : détecter un éventuel dégât très tôt, envoyer une maintenance préventive, voire envisager d’autres services à valeur ajoutée. Voilà qui fidélise le client, moins à risque de partir chez un autre assureur. Malgré sa simplicité apparente, voilà un projet bien précieux pour nos bâtiments et nos villes.

© IPM

Avis de l'expert Gert Pauwels (Orange Belgium)

© MARIE RUSSILLO
Jusqu’ici, l’eau n’était pas un véritable sujet de conversation pour les villes. Les réseaux intelligents pour l’électricité et le gaz sont beaucoup plus présents, avec des exemples concrets en Belgique et à l’étranger. Shayp est une entreprise qui nous réapprend la valeur de l’eau et de sa gestion. Dans un contexte de changement climatique et d’augmentation de la population urbaine, l’eau fait désormais partie des priorités des autorités publiques et des entreprises. Le dernier été nous a appris que nos agriculteurs ont besoin d’eau et que la restriction en eau n’est pas neutre pour les consommateurs dans l’approvisionnement en nourriture. Au-delà de cette première couche, l’eau est aussi un indicateur important de l’état de santé d’une maison ou d’un bâtiment. Je ne sais pas comment les sociétés des eaux se comportent à l’égard de leurs clients en cas de factures d’eau en forte hausse mais, en tout cas, les entreprises de télécommunications et de services aux collectivités n’ont généralement pas la meilleure réputation pour ce type d’expérience client… Vu l’importance de l’eau et de sa gestion pour tout le monde (particuliers, entreprises, autorités publiques), importance qui ne fera que croître dans les prochaines années, je crois au potentiel de Shayp.

© IPM


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