L'application, filiale de l'entreprise chinoise ByteDance, a demandé à un juge américain de suspendre un décret de l'administration Trump qui prévoit d'interdire son téléchargement aux Etats-Unis à partir de dimanche.

Une audience se tenait jeudi devant un tribunal fédéral de Washington.

Dans une motion déposée auprès de cette cour, le réseau social affirme qu'une telle interdiction ne serait pas conforme à la Constitution des Etats-Unis.

Il met aussi en avant l'importance de la plateforme dans les débats démocratiques à l'approche des élections américaines du 3 novembre.

"Le mélange de divertissement léger et d'humour qu'offre l'appli a permis la croissance initiale de TikTok. Mais aujourd'hui, TikTok est devenu un forum pour toute les expressions politiques", remarquent les avocats de la société dans la plainte.

"Beaucoup de créateurs de contenus utilisent notre appli pour exprimer leur solidarité avec des mouvements sociaux, faire valoir leurs préférences politiques ou soutenir des candidats (...) avec des audiences de millions de personnes".

Tiktok, ainsi que certains créateurs, utilisateurs et experts, estiment que Donald Trump s'attaque à l'appli parce qu'elle est fréquentée en majorité par des jeunes, et a facilité des actions politiques spontanées contre le président américain, notamment lors d'un récent meeting politique majeur.

L'hôte de la Maison Blanche cherche depuis des années à mieux contrôler les réseaux sociaux, qu'il accuse de censure contre son camp politique, avec une ardeur renouvelée ces derniers mois.

Sécurité ou politique

Le département américain du Commerce a annoncé samedi qu'il reportait au moins jusqu'au 27 septembre (au lieu du 20 septembre) l'interdiction de télécharger aux Etats-Unis la populaire application.

Une interdiction complète des activités de TikTok sur le sol américain pourrait, elle, entrer en vigueur à partir du 12 novembre.

Pour y échapper, Donald Trump a exigé que TikTok fasse passer ses activités aux Etats-Unis sous contrôle américain.

"Si les interdictions ne sont pas suspendues, les dommages causés aux plaignants seront irréparables", écrit la plateforme dans le document judiciaire.

L'application conteste en particulier l'idée que la mesure de l'administration Trump soit fondée sur des craintes pour la sécurité nationale des Etats-Unis.

M. Trump a en effet accusé à de multiples reprises l'application d'espionnage au profit de la Chine via la collecte des données de ses utilisateurs, ce dont se défend le réseau social.

"Comme l'ont prouvé des déclarations peu claires et contradictoires du président et d'autres responsables ces derniers mois, les interdictions n'étaient pas motivées par une vraie inquiétude sur la sécurité nationale, mais plutôt par des considérations politiques liées aux élections générales à venir", assène TikTok.

La plateforme avait déjà engagé une procédure judiciaire fin août en Californie pour contester le décret d'interdiction.

La balle en Chine

En parallèle ByteDance, maison-mère de Tiktok, a indiqué jeudi dans un communiqué avoir effectué auprès du ministère chinois du Commerce une "demande d'autorisation" d'exportation de technologie -- sans toutefois clairement lier cette initiative à TikTok ou à une éventuelle vente.

Cette initiative pourrait concerner l'algorithme utilisé par l'application de vidéos. Il constitue la véritable valeur de la plateforme, car il est utilisé pour déterminer le contenu avec lequel un utilisateur est le plus susceptible de s'engager.

Mais la Chine refuse que ce précieux algorithme ne tombe dans l'escarcelle américaine. Le 28 août, le ministère chinois du Commerce a ainsi inclus les algorithmes dans la liste des technologies d'intelligence artificielle ne pouvant en théorie être exportées.

La saga TikTok aux Etats-Unis a connu de nombreux soubresauts ces dernières semaines.

L'application a confirmé samedi dernier un projet pour créer une nouvelle société impliquant le groupe de logiciels informatiques Oracle, en tant que partenaire technologique aux Etats-Unis, et le géant de la distribution Walmart en tant que partenaire commercial.

Baptisé TikTok Global, il prévoit une prise de participation de 12,5% d'Oracle et de 7,5% de Walmart. Les Américains détiendraient quatre des cinq sièges au conseil d'administration.

Mais Donald Trump a martelé lundi qu'il ne donnerait pas son aval si le nouveau groupe restait sous contrôle chinois, tout en affirmant qu'Oracle et Walmart allaient posséder la majorité du nouveau groupe.

ByteDance, qui comprend des investisseurs américains, a qualifié ces informations "de rumeurs erronées".

Julie JAMMOT