Eco-débats Et si supprimer la voiture de société représentait un appauvrissement de la classe moyenne? C'est l'idée avancée ce matin par Charles Michel au micro de Matin Première. Les avis divergent à ce propos.


Le Premier ministre parlait d'écologie. Dans les mesures phares du gouvernement, pas de suppression du régime des voitures de société régulièrement présentées comme polluantes, mais un système de "Budget mobilité" qui incite aux mobilités alternatives. Parce que cette disparition entraînerait la baisse des revenus des classes moyennes, de ceux qui bénéficient de cet avantage fiscal.

Selon Charles Michel, "Il faut faire attention de ne pas appauvrir des classes moyennes, des travailleurs pour qui cette voiture est indispensable et pour qui c'est un complément de salaire". Et cette prime n'est pas soumise aux charges patronales.


Pour Peter Vanden Houte, Chief Economist chez ING, "plus d'impôts, c'est moins de revenus net"

En Belgique, la voiture de société est un avantage fiscal. Elle fait partie intégrante de la politique salariale d'une entreprise. Elle permet d'offrir une fiscalité plus souple au travailleur et à l'employeur. La supprimer reviendrait à éliminer cette partie du revenu moins taxée. Donc, d'augmenter la pression fiscale sur l'ensemble de ce que reçoit le travailleur. Son pouvoir d'achat serait directement touché selon l'expert.

Mais la voiture de société est aussi utilisée à des fins privées. Le principe du système est de fournir un moyen de transport aux travailleurs qui en ont besoin. Sans ce véhicule, les ménages qui en bénéficient devront en acheter un nouveau au prix du marché. Avec l'augmentation des taxes sur leurs revenus, ils ne sont pas assurés d'en avoir les moyens.

Pour Peter Vanden Houte, modifier le système obligerait le gouvernement à revoir l'ensemble de la fiscalité belge sur le travail. Une tâche compliquée qui explique en grande partie le maintien de l'avantage.


Pour Edoardo Traversa, professeur de droit économique à l'UCL, "un gain pour l'ensemble de la classe moyenne".

"Un système archaïque, un régime des années 60". Edoardo Traversa voit un avantage à sa suppression : un meilleur équilibre de la pression fiscale sur la classe moyenne. Car la voiture de société représente une baisse des taxes sur un avantage en nature. Une partie du salaire du travailleur converti en un véhicule n'est pas taxée selon la vraie valeur. Traduction, l'imposition est plus légère. Ce serait la perte d'un avantage mais un gain pour l'ensemble de la classe moyenne. La niche fiscale disparaîtrait au profit d'un système où les cartes sont distribuées équitablement.

Mais comment éviter la surtaxe des revenus en cas de suppression du régime? Selon l'économiste, en annonçant une nouvelle politique à l'avance et en assurant une transition progressive pour ne pas surprendre tout le monde. Une disparition brusque aurait des effets négatifs. Mais elle ne représenterait pas un appauvrissement de la classe moyenne, seulement la disparition d'un avantage qui crée de l'inégalité.

Les deux économistes s'opposent sur les conséquences de la disparition de la voiture de société. Mais dans les deux cas, il n'y aura pas de forte perte pour la classe moyenne. Alors, Charles Michel a-t-il exagéré? Peter Vanden Houte abonde plutôt dans le sens des propos du Premier ministre, là où Edoardo Traversa y voit une contre-réalité. En attendant, le gouvernement ne prévoit pas de revenir sur sa politique actuelle, ou de supprimer les voitures de société.