"Incompréhensible", "pas impressionné"... Les syndicats réagissent au deal pour l'emploi

Pour le SNI, le gouvernement loupe le coche, en s'en tenant à des "bricolages", et ses mesures ne permettront pas d'atteindre ce fameux taux d'emploi de 80 %. Comeos demande des mesures supplémentaires pour l'e-commerce.

La Libre Eco avec Belga
Le gouvernement fédéral s'est accordé vendredi définitivement sur un ensemble de mesures visant à adapter plusieurs règles organisant le travail en Belgique aux réalités d'aujourd'hui.
Le gouvernement fédéral s'est accordé vendredi définitivement sur un ensemble de mesures visant à adapter plusieurs règles organisant le travail en Belgique aux réalités d'aujourd'hui. ©BELGA

Le Syndicat neutre des indépendants (SNI) n'est pas tendre sur le deal pour l'emploi approuvé vendredi par le gouvernement fédéral. Se disant "pas impressionné", l'organisme fustige que "des mesures décisives, comme une diminution de la charge salariale, font défaut". Le gouvernement fédéral s'est accordé vendredi définitivement sur un ensemble de mesures visant à adapter plusieurs règles organisant le travail en Belgique aux réalités d'aujourd'hui et à contribuer à atteindre l'objectif d'un taux d'emploi de 80 % en 2030.

Pour le SNI, le gouvernement loupe le coche, en s'en tenant à des "bricolages", et ses mesures ne permettront pas d'atteindre ce fameux taux d'emploi de 80 %. Le syndicat fustige essentiellement l'absence de mesures pour diminuer la "charge salariale" et pointe que "pour certains secteurs, comme la restauration et le nettoyage, il y aura même une charge administrative supplémentaire".

Par ailleurs, si le Syndicat salue que "le gouvernement fasse quelque chose au sujet de la concurrence dans le commerce électronique", il juge les efforts insuffisants concernant le travail en soirée. Le système reposera sur la conclusion d'une convention collective de travail permettant le travail de soirée et de nuit tandis que des expériences-pilotes pourront également être menées, en impliquant la délégation syndicale de l'entreprise au lancement du projet et dans son évaluation.

"La possibilité de lancer des expériences est une initiative positive. Espérons que cela sera suivi de près et que le gouvernement trouvera un meilleur équilibre dans ce domaine à court terme", souhaite le SNI, qui ne veut pas d'une "économie de 24 heures".

>> Lire aussi : Semaine de 4 jours, droit à la déconnexion, économie collaborative encadrée... Voici les détails du deal pour l'emploi

Des mesures supplémentaires pour l'e-commerce sont nécessaires, selon Comeos

La Belgique peut enfin prendre part au marathon de l'e-commerce, alors que les pays voisins sont déjà à mi-chemin, se réjouit vendredi Comeos après que le gouvernement s'est accordé définitivement sur le "deal pour l'emploi". Mais des mesures supplémentaires seront nécessaires pour développer davantage l'e-commerce belge et créer des emplois dans notre propre pays, prévient la fédération du commerce et des services.

Dans le secteur du commerce électronique, où la concurrence avec les Pays-Bas est forte, le système mis en place sous la législature sera pérennisé. Il repose sur la conclusion d'une convention collective de travail permettant le travail de soirée et de nuit. Des expériences-pilotes pourront également être menées pour le travail de soirée en impliquant la délégation syndicale de l'entreprise au lancement du projet et dans son évaluation.

Le commerce est sous pression, rappelle Comeos, selon qui des milliers d'emplois ont été perdus dans le commerce non alimentaire au cours des cinq dernières années. Le nombre d'emplois diminuera également dans les supermarchés, déjà approvisionnés par les Pays-Bas, si rien n'est fait, met en garde la fédération. Cela alors que la livraison à domicile gagne en outre en importance.

Selon Comeos, l'accord sur l'emploi permettra le travail en soirée (entre 20 et 24 heures) dans le cadre de l'e-commerce avec des travailleurs volontaires, pour une durée maximale de 18 mois. Une évaluation et un ajustement des salaires et des conditions de travail seront ensuite effectués en consultation avec les syndicats.

D'après la fédération, 20.000 emplois ont été créés ces dernières années dans les centres de distribution juste de l'autre côté de la frontière et une commande e-commerce sur trois provient aujourd'hui de l'étranger.

Pour Comeos, l'accord ne va donc pas encore assez loin. "L'expansion de l'e-commerce en Belgique reste un énorme défi", souligne son CEO Dominique Michel. "La flexibilité de l'organisation du travail ne se limite pas au travail en soirée, mais elle concerne également l'organisation du travail pendant la journée. Nous vivons en outre dans un nouveau monde dans lequel les coûts de la main-d'œuvre, notamment, sont à nouveau hors de contrôle. Des mesures supplémentaires seront donc nécessaires pour développer davantage l'e-commerce belge et créer des emplois dans notre propre pays", conclut-il.

L'Unizo fustige la nouvelle version du deal pour l'emploi

L'organisation patronale flamande Unizo, qui représente les indépendants et les PME, n'est "pas satisfaite" du deal pour l'emploi adapté conclu vendredi par le gouvernement fédéral. "Les changements que le gouvernement y a apportés en une seule fois - unilatéralement - dépassent notre bon sens", fulmine ainsi son administrateur délégué Danny Van Assche. Même si, selon lui, l'opération a été une occasion manquée dès le départ. L'accord prévoit que les travailleurs aux horaires variables ne peuvent plus être informés à la dernière minute d'une modification de leurs horaires de travail. Selon l'Unizo, il est "incompréhensible" que cette mesure ait été décidée "sans aucune forme de consultation". Elle rendra la tâche plus difficile, entre autres, aux entreprises d'hôtellerie et de restauration, mais aussi aux entreprises du secteur du textile et du nettoyage, craint-elle.

"Soudainement, le délai pour signaler des modifications (d'horaires) est porté à trois, voire sept jours, ce qui a un impact énorme sur la flexibilité nécessaire et l'organisation du travail", critique Danny Van Assche. "Et ce alors que les délais actuels ont été fixés en concertation mutuelle entre les partenaires sociaux sectoriels concernés, sur la base des connaissances de terrain nécessaires. Le fait que le gouvernement y touche maintenant et mette en échec les partenaires sociaux sectoriels, sans savoir lui-même où en sont les choses, est sans précédent et inacceptable", fustige-t-il.

Autre mesure que dénonce l'Unizo : le fait que les travailleurs des plateformes sont assurés contre les accidents du travail aux frais de la plateforme, même lorsqu'ils sont indépendants. L'organisation patronale parle d'"un enchevêtrement opaque et inapplicable" et d'"une attaque contre le statut social des indépendants".

"Nous trouvons particulièrement incompréhensible que le gouvernement national n'ait pas attendu l'Europe, où l'on élabore actuellement une réglementation pour l'économie des plateformes", critique Danny Van Assche. "En outre, le règlement élaboré donnera lieu à davantage de litiges et créera une discrimination pure et simple entre les indépendants. Elle remet complètement en cause l'équivalence entre le statut social de salarié et celui d'indépendant."