Travailler en étant malade: le "présentéisme" se répand dans les entreprises et menace votre santé

Cette tendance dangereuse a connu une augmentation de 41% depuis l'arrivée de la pandémie.

CdC
Un travailleurs belge sur sept continue de travailler en étant malade, contre un travailleur sur dix en 2019.
Un travailleurs belge sur sept continue de travailler en étant malade, contre un travailleur sur dix en 2019. ©Shutterstock

Travailler en étant malade est un comportement dangereux, susceptible de renforcer le risque de développer un burn-out. Toutefois, depuis l'arrivée du Covid, le nombre de "travailleurs qui travaillent systématiquement en étant malades" a connu une augmentation de 41 % par rapport à 2019, annonce Securex. Le partenaire en matière d'emploi et d'entreprenariat a mené une étude auprès de plus de 1 500 travailleurs belges en automne dernier. Le constat de celle-ci est inquiétant : un travailleur belge sur sept continue de travailler en étant malade, contre un travailleur sur dix en 2019.

Ce comportement, appelé le "présentéisme structurel", semble plus fréquent chez les personnes dites "hautement qualifiées", qui travaillent en tant qu'employés dans le secteur privé et au sein de micro-entreprises comptant jusqu'à cinq travailleurs.

"Travailler en étant malade n'est, en soi, ni bon ni mauvais", estime Heidi Verlinden, Research Project Manager chez Securex. "Le repos et le travail peuvent tous deux contribuer à un rétablissement rapide, en fonction de la situation médicale et professionnelle réelle. Cependant, le présentéisme structurel est, quant à lui, néfaste pour la santé des travailleurs. Ils ont tendance à trop peu récupérer, ce qui peut augmenter le risque de burn-out ou d'autres problèmes médicaux."

Culpabilité et pression

Securex a distingué les trois raisons les plus fréquentes qui poussent un employé à travailler malgré son état :

  1. Les travailleurs se sentent capables de travailler : au-delà de la capacité physique et mentale de travailler en étant malade, le télétravail permet à la personne malade de travailler de chez elle tout en évitant d'éventuellement infecter ses collègues.
  2. Ils ne veulent pas accabler leurs collègues : certains travailleurs malades culpabilisent à l'idée de laisser leur travail entre les mains de leurs collègues car ils ont peur que cela puisse les surmener.
  3. Ils sont suffisamment motivés pour travailler : la motivation peut être positive ou négative. Dans certains cas, la pression liée à l'emploi peut pousser certains travailleurs malades à poursuivre leur travail.

Une tendance renforcée depuis la crise sanitaire. "Les télétravailleurs malades disposent d'un environnement leur permettant de travailler en sérénité et sécurité, sans risquer d'infecter ses collègues, par exemple", souligne Heidi Verlinden. "L'augmentation de la charge de travail dont Securex a précédemment fait état a augmenté à la fois le présentéisme structurel ainsi que le risque d'épuisement professionnel. Cependant, cela n'est pas une conséquence du télétravail. Les télétravailleurs ne sont pas plus exposés au risque de présentéisme structurel et d'épuisement professionnel que les non-télétravailleurs."

Troubles psychologiques et physiques

Plus d’un tiers des travailleurs sondés qui pratiquent le présentéisme structurel se sont déjà plaints de souffrir de troubles psychologiques, comme le stress et la dépression, au cours des 12 mois précédant l’enquête (36,6 %), contre une personne sur six pour les travailleurs qui ne travaillent jamais lorsqu’ils sont malades (16,2 %).

Par ailleurs, une corrélation existe sur le plan moteur car 53,5 % de ceux qui travaillent toujours en étant malade se plaignent de problèmes musculaires, articulaires ou osseux (mal de dos, mal à la nuque, fracture de la jambe...) contre 31 % des travailleurs qui ne travaillent jamais lorsqu’ils sont malades.

Enfin, 54,9% des travailleurs qui font du présentéisme structurel indiquent qu’ils souffrent d’une combinaison d’au moins deux types de plaintes : psychiques, moteurs, respiratoires, gastro-intestinaux et/ou autres. Seul 19,3 % souffrent d’une combinaison d’au moins deux de ces plaintes parmi ceux qui ne travaillent jamais en étant malade.

Que faire face à cette tendance dangereuse ? "Les employeurs peuvent créer un contexte dans lequel les travailleurs font eux-mêmes le bon choix de continuer ou non à travailler, sans que cela leur soit imposé de façon explicite ou implicite", propose Elisabeth Van Steendam, Manager Wellbeing chez Securex. "Les employeurs, et le travailleur lui-même, ont intérêt à ce que le travailleur fasse un choix sain qui aura un effet positif à court et à plus long terme."