Qu'est-ce que le "jobcrafting", pour rendre les travailleurs plus heureux ?

Libre Eco week-end | Le "jobcrafting" rend les travailleurs plus heureux et plus motivés et permet un meilleur équilibre de vie.

L’employeur doit être à l’écoute des besoins de son personnel.
L’employeur doit être à l’écoute des besoins de son personnel. ©Copyright (c) 2018 Dean Drobot/Shutterstock. No use without permission.

Aligner l'emploi sur les besoins, compétences et objectifs personnels. Permettre aux collaborateurs de façonner les tâches, le lieu et le temps de travail selon leurs préférences propres. Voilà ce qu'on appelle en jargon anglo-saxon le jobcrafting. En Belgique, seuls deux salariés ou fonctionnaires sur cinq sont maîtres de leur travail, selon une étude menée auprès de 2 500 travailleurs et 250 employeurs pour le compte de Tempo-Team, le prestataire de services RH, en collaboration avec la professeure docteure Anja Van den Broeck, experte en motivation du travail à la KULeuven.

Plus de 7 travailleurs sur 10 déclarent cependant se fixer des objectifs clairs quant à la teneur et la méthode de leur travail, parce que c’est essentiel pour que ce dernier demeure intéressant. Pour y parvenir concrètement, 6 salariés ou fonctionnaires sur 10 ont déjà négocié avec leur employeur certaines facettes de leur travail.

L'étude révèle également que les fonctionnaires ont un peu plus tendance à prendre leur travail en main que les ouvriers ou les employés. "Cela peut s'expliquer peut-être par le fait qu'ils bénéficient de plans de formation plus larges que dans les PME qui ont moins de budget pour cela", avance Sébastien Cosentino, porte-parole chez Tempo-Team

Plus de flexibilité

Parmi les adaptations les plus fréquentes, citons le fait d’harmoniser les vacances aux besoins individuels, se perfectionner ou assumer des responsabilités supplémentaires.

"Plus de flexibilité est aussi essentiel. On constate une véritable attente des travailleurs en ce sens, souligne Sébastien Cosentino, qui évoque le concept de travail à temps choisi. Un collaborateur pourra démarrer plus tard son travail le matin pour aller déposer ses enfants à l'école mais on sait que son boulot sera fait. La pandémie a encore renforcé cela."

Il faut aussi donner aux collaborateurs la possibilité de se développer, notamment en suivant des formations liées à leur fonction ou non. "On peut, par exemple, imaginer un collaborateur du service achats qui se dit que pour être plus épanoui dans sa fonction, il pourrait être impliqué dans des projets de marketing. Ou un travailleur qui demanderait du temps pour suivre un cours de yoga. Ce n'est pas en lien direct avec sa fonction mais cela peut lui permettre d'être plus productif."

Des effets positifs

Le jobcrafting semble avoir de nombreux effets positifs. Ceux qui peuvent en bénéficier se sentent plus impliqués et concernés par le travail, sont plus heureux et ressentent un meilleur équilibre entre travail et vie privée.

"Pour les travailleurs, remodeler le travail est la façon idéale d'en corriger les aspects ou tâches qui leur conviennent moins. Réaligner le travail selon les besoins crée une énergie positive, diminue le risque de burn-out et de bore-out. Il s'agit souvent de changements mineurs, mais dont l'impact est considérable sur l'impression de bonheur ressenti. D'ailleurs, le travail hybride et l'appui des technologies nouvelles requièrent de plus en plus le jobcrafting", souligne Anja Van den Broeck.

Des employeurs ouverts

Ouverts à ce concept, 6 employeurs sur 10 permettent à leur personnel d'en négocier certains aspects. Un sur trois ajoute être attentif aux idées ou critiques des collaborateurs désireux de modifier la teneur de leur travail. "Il est important que les employeurs restent ouverts au dialogue avec les travailleurs désireux de modeler leur emploi à leur personnalité. En raison de la pénurie de personnel, donner aux collaborateurs des leviers pour façonner leur travail est une solution pour les fidéliser à l'entreprise, exploiter le potentiel interne de façon optimale, renforcer leur implication, améliorer leur ressenti quant à leur emploi et leur entreprise", explique Sébastien Cosentino.

Mais si l'employeur doit être à l'écoute, il faut que l'employé puisse justifier son choix. "Un collaborateur du service achats qui demanderait une formation en soudure, cela n'aurait pas beaucoup de sens. Les propositions soumises par les travailleurs doivent convenir aux objectifs de l'entreprise", poursuit Sébastien Cosentino, qui travaille lui-même sur des projets qui ne sont pas directement liés à sa fonction.

Le jobcrafting ne signifie pas pour autant donner carte blanche au personnel. "Il s'agit d'un projet qu'il faut cadrer. Pour l'employeur, il demeure important de définir de bons accords mutuels. Il faut de la transparence. Il n'est pas question non plus d'accepter tout pour certains et rien pour d'autres, ajoute Sébastien Cosentino. Le jobcrafting permet entre autres de trouver du sens dans son travail, sa fonction. Mais il apporte aussi tout simplement du sens du seul fait que l'employeur offre certaines possibilités aux travailleurs."