Sabena, petite autopsie entre amis

C'était couru d'avance. À défaut de donner raison à l'une ou l'autre partie, les conclusions de l'audit financier de la Sabena allaient faire l'objet d'interprétations divergentes. Les organisations syndicales personnel au sol et naviguant confondu et la direction de la Sabena ont livré jeudi leur lecture des résultats de l'étude réalisée par une division spécialisée de US Alpa, le syndicat des pilotes américains.

R.C.
Sabena, petite autopsie entre amis
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C'était couru d'avance. À défaut de donner raison à l'une ou l'autre partie, les conclusions de l'audit financier de la Sabena allaient faire l'objet d'interprétations divergentes. Les organisations syndicales personnel au sol et naviguant confondu et la direction de la Sabena ont livré jeudi leur lecture des résultats de l'étude réalisée par une division spécialisée de US Alpa, le syndicat des pilotes américains.

Pour mémoire, l'audit avait été commandé fin 2000 par les syndicats de la Sabena pour faire la lumière sur la gestion de la direction et de l'actionnaire suisse SAirGroup, alors que ceux-ci veulent imposer un plan social de 600 à 700 suppressions d'emploi à la compagnie aérienne.

Cet audit payé par la Sabena pour un coût qui oscille entre 4 et 5 millions de F a fini par devenir une étape indispensable dans le redressement d'une compagnie au bord de la faillite. Les syndicats ayant clairement conditionné la poursuite de négociations sociales aux conclusions de l'expertise. État des lieux.

Le SAirGroup, actionnaire à 49,5pc, a-t-il procédé à des transferts indus vers Swissair au détriment de la Sabena? L'audit ne relève aucun indice qui permette d'étayer cette théorie. Les organisations syndicales apportent toutefois un bémol: les auditeurs n'ont pas pu investiguer plus loin, faute de temps et d'informations suffisantes. Réplique de la Sabena: «la société US Alpa a souligné la parfaite collaboration des services financiers de la Sabena».

L'actionnaire (encore) majoritaire de la Sabena, l'Etat belge, a-t-il une responsabilité dans la situation actuelle? C'est en tout cas la lecture qu'en font les pilotes. «Le gouvernement belge a abandonné la Sabena. Les accords d'avril 2000 ne contiennent pas de garanties pour la Sabena qui a tout simplement été livrée au bon vouloir des Suisses». Du côté du management de la Sabena, on préfère ne pas commenter, tout en confirmant du bout des lèvres. Il y a peu, d'ailleurs, Patrick du Bois, secrétaire général de la société, évoquait la sous-capitalisation chronique de la Sabena.

Quel est rôle du conseil d'administration? Pour les syndicats, le constat est sans appel: «le conseil d'administration a fait preuve d'irresponsabilité financière en donnant priorité à l'embellissement des chiffres plutôt que de résoudre des problèmes dans l'intérêt de la société». «No comment», du côté de la direction de la Sabena.

Y a-t-il eu des erreurs de management? Ce sont indubitablement les erreurs de management qui sont montrées du doigt. L'expansion et le renouvellement de la flotte ont grevé lourdement les résultats financiers de la Sabena. Ces investissements considérables ont été décidés alors que la Sabena tombait déjà sous l'article 103 de la loi sur les sociétés commerciales (l'actif passe sous les 50pc du capital souscrit). L'audit remet également en cause les contrats passés avec City Bird et Virgin Express ainsi que la vente «inappropriée» des «fuel hedging». Côté management, on souligne «un plan de croissance ambitieux mais qui du même coup a rendu la Sabena vulnérable à un retournement de conjoncture».

Quid de la productivité du personnel? La productivité du personnel est unanimement reconnue. Mais son niveau est sujet à interprétation. Pour les organisations syndicales (OS), elle est parmi les plus élevées d'Europe, et cela malgré le coût du travail très élevé en Belgique. Pour le management, elle pourrait mieux faire puisqu'elle se situerait en milieu de classement européen. Difficile de trancher. Selon Christoph Müller, chief executive de la Sabena, la productivité a été calculée sur base de la capacité (ASK, pour siège disponible au kilomètre) divisée par le nombre de salariés.

Le plan de restructuration «Blue Sky» est-il pertinent? Oui, estiment les auditeurs. «Mais, la poursuite de la consolidation avec SAirGroup est inévitable». Petit hic, l'audit ne dit rien des délais de négociations. Or, les pilotes ne veulent pas d'un accord social «négocié sous la pression parce qu'il doit être conclu impérativement avant le 8 février».

La Sabena a-t-elle raison de fermer des lignes? En tout cas, les auditeurs pointent du doigt la détérioration de la rentabilité de certaines routes européennes et intercontinentales. Les auditeurs ne remettent pas en cause la décision de fermer Johannesburg et Newark.

L'audit fait-il des recommandations? Il recommande la participation des travailleurs à la compagnie. Autrement dit, un système d'actionnariat salarié qui permettrait un meilleur contrôle du conseil d'administration.

© La Libre Belgique 2001


SAirGroup, a décidé de se retirer du processus de privatisation de TAP Air Portugal. SAirGroup, qui détient 34pc du capital de la TAP, entend poursuivre sa collaboration commerciale avec la compagnie portugaise, précise-t-il par communiqué. Le groupe suisse a néanmoins décidé de garantir «les besoins de financement à court terme de la compagnie portugaise, afin de compenser les éventuels engagements découlant du retrait de SAirGroup du processus de privatisation de la TAP». Le ministre portugais de l'Equipement, Jorge Coelho, aurait déjà d'autres solutions pour TAP-Air Portugal qui reposeraient sur un nouveau concours public ou sur une négociation directe avec un nouveau partenaire. Les accords entre le groupe suisse et TAP-Air Portugal, qui devrait être privatisée avant 2004, ont été conclus il y a trois ans. © La Libre Belgique 2001

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