Exit Paul Reutlinger

Paul Reutlinger, vice-président exécutif du groupe helvétique SAirGroup, a démissionné, a annoncé samedi le groupe suisse. Dire que c'était prévisible: pas vraiment. Dire que c'est étonnant: pas vraiment non plus. Pour sa part, le SAirGroup laconique se limite à préciser que Paul Reutlinger quittera ses fonctions fin février et qu'il a pris connaissance de sa décision de démissionner avec regret.

PAR RACHEL CRIVELLARO
Exit Paul Reutlinger
©Thierry ROGE

ANALYSE

Paul Reutlinger, vice-président exécutif du groupe helvétique SAirGroup, a démissionné, a annoncé samedi le groupe suisse. Dire que c'était prévisible: pas vraiment. Dire que c'est étonnant: pas vraiment non plus. Pour sa part, le SAirGroup laconique se limite à préciser que Paul Reutlinger quittera ses fonctions fin février et qu'il a pris connaissance de sa décision de démissionner avec regret. On veut bien le croire, reste que la démission de l'ex-patron de la Sabena, intervient moins de 10 jours après celle de Philippe Bruggisser, ex-président du SAirGroup. Or, ce dernier a été désavoué pour sa stratégie d'expansion à l'étranger qui s'est avérée ruineuse pour les finances du groupe suisse. Et, parmi les achats catastrophiques pour le SAirGroup, la Sabena et ses près de 10 milliards de pertes annoncées pour 2000 restent en travers de la gorge de bon nombre d'administrateurs du holding helvète et de ses actionnaires.

Il n'empêche, Paul Reutlinger était un poids lourd du SAirGroup, il y travaillait depuis 1959. En 1996, au lendemain de l'entrée des Suisses dans le capital de la Sabena, il est envoyé à Bruxelles. Il a la tâche délicate de gérer l'arrimage de la Sabena dans le giron du SAirGroup qui remplace désormais Air France. Paul Reutlinger a pour mission de pacifier le climat social et de remettre la compagnie belge en état de marche. Il gérera la Sabena jusqu'en juillet 2000.

RETOURNEMENT

Le 5 juillet 2000, Paul Reutlinger annonce qu'il quitte la Sabena, remplacé par l'Allemand Christoph Müller. Celui qui pilotait le groupe depuis 1996 prend pour sa part la direction des compagnies françaises du SAirGroup en voie de rapprochement: AOM, Air Littoral et Air Liberté. Mais en fait de redressement, Paul Reutlinger laissera une compagnie en piètre état.

Après son départ, la Sabena annonce la mise en place du plan de restructuration «Blue Sky». Quelques semaines plus tard, les deux actionnaires le SAirGroup et l'Etat belge s'accorde sur une recapitalisation de la compagnie de l'ordre de 10 milliards de F. Et le 8 février prochain, une assemblée générale extraordinaire des actionnaires de Sabena doit se prononcer sur la dissolution ou la survie de la compagnie. La détérioration brutale de la situation de la Sabena suscite beaucoup de questions. Des rumeurs commencent à se propager sur la gestion de Paul Reutlinger. Les syndicats exigent un audit sur la situation financière de la Sabena, les conclusions de l'étude mettent gravement en cause l'ex-CEO suisse. L'audit épingle la décision en 1997 de renouveler la flotte de la Sabena ainsi que la stratégie d'une croissance effrénée. Une politique très ambitieuse mais qui se soldera par un échec.

LE FEU AU LAC

Il semble donc que le SAirGroup ne soit pas resté insensible aux résultats de l'audit, même si rien n'indique que Paul Reutlinger ai été poussé vers la porte. Il n'en demeure pas moins que le départ de Philippe Bruggisser marquait déjà un virage à 180 degrés pour le groupe suisse. Celui-ci a entrepris un examen en profondeur de toutes ses participations à l'étranger, qui lui aurait coûté 132 milliards de F.

La semaine dernière, le groupe a annoncé qu'il renonçait à prendre une participation dans la compagnie portugaise TAP, rompant ainsi un engagement pris l'an dernier. SAirGroup a aussi indiqué qu'il renonçait à se porter candidat au processus de privatisation de la compagnie turque Turkish Airlines. Des inquiétudes se sont aussi déjà manifestées auprès du personnel des trois compagnies françaises, qui craignent selon leurs déclarations à la presse suisse pour la survie des compagnies. Et pour l'heure, il n'existe aucune certitude sur l'avenir de la Sabena, également suspendu à une décision helvétique. De là, à parler d'un désaveu de l'ex-patron de la «filiale» belge, il n'y a qu'un pas. A moins que Paul Reutlinger ne soit tombé sous le feu nourri des critiques.

© La Libre Belgique 2001

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