«Such a bad experience never again!»

PAR VINCENT SLITS

AMBIANCE

Turin canceled (NdlR: annulé), Faro canceled, Leeds canceled, Madrid canceled, Venise canceled,... Sur le grand tableau noir des départs, le mot «canceled» en lettres jaunes a tenu la vedette hier pour le plus grand malheur de milliers de voyageurs qui avaient choisi la Sabena.

Sans surprise, les files s'allongent rapidement devant les comptoirs d'informations de la Sabena et les passagers attendent leur tour avec une pointe de résignation. De nombreuses clientes, assises sur les valises, envoient leur courageux mari en éclaireur pour glaner des informations supplémentaires. Si certains passagers se montrent plutôt compréhensifs, d'autres le sont nettement moins. «La grève est un droit mais encore faut-il respecter les règles du jeu!», dit l'un d'eux. «Il faudrait faire l'inventaire des innombrables grèves qui ont eu lieu depuis dix ans à la Sabena et le coût que cela a représenté! Il y a un esprit de corps à la Sabena qui empêche les syndicats de considérer le patron comme un ami. En agissant de la sorte, les syndicaux ne font rien d'autre que de faire un pas de plus vers le ravin. C'est lamentable», souligne un autre passager en partance pour Marseille.

Un peu plus loin, une hôtesse s'efforce de garder un joli sourire pour accueillir les passagers au comptoir «sales & marketing economy class». «Jusqu'à présent, cela se passe plutôt bien, les passagers sont très gentils et sympathiques», dit-elle.

A l'extérieur, et près de Sabena House, la tension remonte d'un cran. Les forces de l'ordre bloquent la route qui mène au petit aéroport d'Abelag et au QG de la compagnie. Et pour cause, plus de 200 travailleurs font le pied de grue devant le bâtiment de la société dans l'espoir de forcer la direction à les recevoir. A midi, un homme crie: «apparemment, la direction ne veut pas nous entendre. Eh bien, elle va nous entendre.» Et la foule de scander en choeur: «on veut des infos, on veut des infos!» La colère monte. «Cela fait six mois que l'on nous tient en haleine. On reporte les échéances et on fait traîner les choses exprès pour éviter des actions pendant la haute saison», souligne une hôtesse. «En refusant de nous rencontrer, la direction ne fait qu'envenimer les choses. Nous avons été mieux reçus à Zurich!», ajoute Philippe Leclercq, responsable FGTB au catering.

Certains travailleurs tentent un passage en force: la vitre de la porte d'accès de Sabena House, mieux protégé que Fort Knox, ne résiste pas à la charge des hommes en colère. Certains travailleurs, foulards verts sur le visage, se font plus menaçants. A l'intérieur, policiers et responsables de la sécurité, bras croisés, ne bronchent pas. Peu avant que ne s'abatte une pluie battante sur la capitale, les syndicalistes changent de stratégie. Cap sur la route d'accès à l'aéroport où les travailleurs mettent en place des barrages filtrants. Et dire que le pire est peut-être encore à venir...

© La Libre Belgique 2001

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