A quel jeu joue Virgin?

A. Ma.

On dirait bien que Richard Branson, le flamboyant patron de la compagnie charter basée à Bruxelles, aime souffler le chaud et le froid. Pas plus tard que mercredi, à Washington, jour où le tribunal de commerce de Bruxelles a prononcé la faillite de la Sabena, il a indiqué qu'il n'écartait pas la possibilité de prendre une participation dans le projet DAT: «C'est une option. Nous verrons ce qui va se passer». Ajoutant que si le gouvernement belge avait levé suffisamment de capitaux privés pour créer une nouvelle compagnie, il pensait que: «Virgin et la DAT auront quelques discussions pour savoir si elles se font concurrence ou si elles travaillent ensemble». Certes, quelques jours après la mise en concordat de la Sabena le 5 octobre dernier, Virgin Express avait bien fait part de son intérêt pour certains actifs de la compagnie belge, mais depuis cet épisode, beaucoup d'eau avait coulé sous les ponts. Flash-back.

ET QUATRE NOUVEAUX VOLS, QUATRE

Mardi, juste avant la réunion du conseil d'administration de la Sabena, Virgin Express y va d'un communiqué introduit par ces termes froids: «Virgin désire faire le point sur les diverses annonces faites récemment dans les médias à propos d'une possible collaboration avec la Sabena ou sa filiale DAT»

. Et d'annoncer, tout aussi froidement que «le plan présenté par la Sabena pourrait mettre le futur de notre société et de notre personnel en péril et n'est donc pas acceptable», que même si «un certain nombre de points restent encore à résoudre, les négociations continuent». Plus loin, Virgin affirmait qu' «en l'absence d'un accord avec la Sabena, elle devait poursuivre sa croissance de façon indépendante, assurant ainsi la continuité des vols entre Bruxelles et les principales villes européennes». Et encore: «Nous pensons aussi qu'une expansion fructueuse de nos activités offre les meilleures perspectives pour l'emploi dans l'industrie de l'aviation belge». Aussitôt suivi d'un «Nous restons cependant prêts à écouter toute autre proposition du gouvernement, du management de la Sabena ou de ses commissaires au sursis». Et d'annoncer dans la foulée le lancement, dès le 12 novembre, de nouvelles destinations au départ de Bruxelles vers Genève, Zurich, Stockholm et Göteborg. Un quatuor auquel s'ajouteront une quinzaine d'autres points de chute dans les mois à venir.

Depuis, la faillite a été prononcée et Virgin faisait savoir dans les médias dès le lendemain, jeudi, qu'elle «prenait les passagers Sabena sous son aile » proposant aux passagers une série de solutions. Un certain opportunisme publicitaire, à l'instar d'un Ryanair d'ailleurs («Ryanair garantit à la Belgique la continuité des bas tarifs aériens quoi qu'il puisse arriver aux services opérés par la Sabena») ou d'un Eurostar qui «échange gratuitement les billets Sabena».

Double jeu ou pas? Véritables négociations ou non? Reste qu'un accord DAT-Virgin aboutirait au mariage d'une compagnie régulière et d'une low-cost aux philosophies très différentes, d'autant qu'un tel accord pourrait hypothéquer les chances de la DAT d'intégrer un jour une des grandes alliances aériennes, indispensable à la pérennité de l'entreprise. Enfin, on peut se demander s'il y a bien place aujourd'hui à Bruxelles pour 2 telles compagnies qui chacune de son côté voudrait tirer la couverture à elle dans une guéguerre suicidaire.

© La Libre Belgique 2001

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